La jungle de Milan

Peu de guides touristiques parisiens mentionnent la colline du crack de La Chapelle. Sa population de drogués, dealers et migrants n’enchante guère les amoureux du Paris d’Amélie Poulain aux couleurs pastel rehaussées à la palette graphique. De même, pour nous autres français, l’Italie évoque davantage Anita Ekberg et Marcello Mastroianni que les bidonvilles qui enlaidissent certains faubourgs de Rome. Au nord de la péninsule, Milan concentre « trafiquants de drogue, islamistes et délinquants » autour de sa gare centrale, nous apprend le quotidien libéral-conservateur Il Giornale. Le 17 septembre, un militaire en faction y a été poignardé à la gorge par un clandestin yéménite aux cris d’« Allahou Akbar ». Qu’il s’agisse d’un attentat ou de l’acte d’un « déséquilibré », selon la formule consacrée, l’épisode n’a pas étonné outre mesure les habitués de la place du Duc d’Aoste, sur le parvis de la gare. Depuis des années, comme autour de nombreuses gares italiennes, des migrants tuent le temps assis sur les pelouses sans que la maréchaussée s’en inquiète. « Je dénonce depuis longtemps la dégradation, l’insécurité et la criminalité de la place du Duc d’Aoste, mais la municipalité fait mine de ne rien entendre. Voilà le résultat. […] Il faut attendre que quelqu’un soit tué pour qu’ils se réveillent ? » tonne la conseillère municipale Silvia Sardone (Lega) contre la mairie sociale-démocrate de Milan. Une employée de la gare, une des plus grandes d’Italie qui regorge de commerces, dresse le même constat : « Nous ne sommes pas tranquilles. Ce qui est arrivé au militaire pourrait nous arriver. On a la peur au ventre. Chaque jour, il se produit quelque chose : une rixe ou une agression au couteau. » Plus largement, Milan se targue d’un triste record, étant devenue la ville italienne qui compte le plus de crimes et délits : 7,4 pour 100 habitants soit 150 000 délits et deux tonnes de drogue saisies en 2018. Ce n’est pas gare du Nord que l’on verrait pareil chaos…