L’étrange affaire du petit trou percé dans la paroi de l’ISS

Un mystère plane à 400 km au-dessus de nos têtes depuis la détection, dans la nuit du 29 au 30 août dernier, d’une perte de pression à bord de la Station spatiale internationale (ISS).Une fuite heureusement légère (18 jours auraient été nécessaires pour que tout son air se déverse dans l’espace) et finalement sans conséquence humaine. Il n’a fallu qu’une demi-journée pour la localiser, à l’aide d’un détecteur à ultrasons générés par le jet d’air s’échappant dans le vide spatial. C’est finalement dans le module russe Soyouz MS-09, qui a amené trois membres d’équipage à bord, le 6 juin dernier, qu’a été découvert le responsable…

Première surprise : au lieu d’un joint vieillissant, comme cela est déjà arrivé, l’équipage découvre un trou de 2 mm de diamètre dans une paroi en alliage d’aluminium de quelques millimètres d’épaisseur, d’un coin du module. Seconde surprise, et non des moindres : l’hypothèse d’une micrométéorite, un aléa qui fait partie des risques connus, quoique faible et jamais rencontré jusqu’ici, auxquels est exposée l’ISS, ne tient pas. L’orifice porte en effet la signature d’une… perceuse manuelle, dont le mandrin aurait laissé de petites rayures caractéristiques sur la peinture. Autrement dit, tout semble indiquer qu’une personne a eu l’idée saugrenue de percer un trou dans la station! Lequel, vu sa petite taille, a été grossièrement réparé à l’aide d’une résine époxy.

Accident? Sabotage? À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’enquête n’a toujours pas éclairci l’origine de ce trou, la première du genre en 18 ans de présence humaine continue dans l’espace. Un des six membres de l’équipage, actuellement composé de trois Américains, deux Russes et un Allemand ? “Tout de même…On les imagine mal faire des trous à la chignole dans la carlingue, même si on ne peut pas l’exclure”, ironise Bernardo Patti, qui coordonne la partie européenne de l’ISS. Les rumeurs les plus folles, reprises par la presse russe, ont même évoqué un possible sabotage d’un des astronautes américains, pour accélérer un retour sur Terre.

Possible, mais peu crédible, selon les experts. “Ceux qui sont à bord se sentent en général privilégiés, et font tout ce qu’ils peuvent pour rester le plus longtemps possible. Àmoins qu’il y ait de fortes tensions, ce qui s’est déjà produit. Mais dans ce cas, la méthode n’est pas très efficace…” avance un cadre du Centre national d’études spatiales (Cnes) sous le couvert de l’anonymat.

UN DÉFAUT DISSIMULÉ ?
Aucune agence spatiale ne souhaite s’exprimer ouvertement sur le sujet. Car une autre hypothèse, à la fois plus probable et tout aussi gênante, est sur la table : celle d’une malfaçon accidentelle survenue chez le fabricant du Soyouz, le russe Energia, et dissimulée par crainte de représailles. Une rustine de fortune aurait permis au module de passer avec succès les tests d’étanchéité et de résister quelques mois dans l’espace. Avant que les conditions extrêmes du vide spatial ne la fasse vieillir et sauter, révélant le forfait.