Les défaites sont constructrices si on sait les regarder en face

Reconnu pour avoir relancé avec efficacité la carrière de Serena Williams en 2012 grâce à une méthodologie de coaching singulière, Patrick Mouratoglou cumule aujourd’hui les casquettes d’entraîneur, de consultant sur la chaîne Eurosport et de président de la Mouratoglou Academy. Ouvert en 2016 à Sophia Antipolis près de Nice, cet immense centre d’entraînement et de formation (10 hectares, 34 courts en terre battue et en dur, campus, hôtel…) accueille les champions en herbe comme les joueurs de l’équipe de France pour la préparation de la Coupe Davis. A Roland Garros à partir du 26 mai, Patrick Mouratoglou tentera avec Serena Williams de battre le record mondial de titres obtenus en Grand Chelem, détenu depuis 1975 par Margaret Court (24 titres en simple).

Quel est le secret de votre méthode ?
Mon métier consiste à compiler le maximum d’informations sur chacun pour créer la méthode idéale pour chaque individu. Je considère les joueurs comme des Formule 1, dignes de réglages précis et personnalisés.

Comment passez-vous d’un entraînement personnalisé à un coaching de masse ?
C’est justement un magnifique défi pour la Mouratoglou Academy. Nous créons des minicellules au sein d’un grand groupe pour personnaliser au maximum les programmes tant sur la partie tennis que scolaire…

Parlez-nous de la rencontre avec Serena Williams…
Après son échec au premier tour de Roland Garros 2012, elle a décidé de s’entraîner à Paris et m’a contacté pour profiter des structures de mon académie. Je suis resté sur le bord du terrain à l’observer. Après quarantecinq minutes, elle m’a dit soudainement : « Parle-moi. » Elle a dû apprécier mes remarques car, sept ans après, nous travaillons toujours ensemble.

Comment la préparez-vous à ce record ?
La meilleure manière consiste à se présenter au pic de sa forme en ayant envisagé une parade à tous les scénarios possibles. Cela peut paraître cliché, mais c’est le meilleur rempart contre la pression et la peur de l’échec.

Vos échecs durant l’enfance ont-ils été déterminants ?
Absolument. Les défaites sont destructrices dans la mesure où elles entament la confiance mais elles sont également constructrices si on sait les regarder en face et comprendre ce qu’il faut modifier. Mon incapacité à communiquer avec mon prochain dans ma jeunesse m’a contraint à développer une capacité à m’intéresser aux autres et une aptitude à lire en eux, qui m’est extrêmement utile aujourd’hui.

Une activité pour vous évader ?
Je recherche le contact avec la nature et avec mes chiens. L’amour inconditionnel dont ils sont capables est bluffant . Ils me permettent d’oublier le monde très normé de la société des hommes.

Avec quel sportif aimeriez-vous rester coincé dans un ascenseur ? Mike Tyson ! Je pourrais alors mesurer mon courage… Je trouve ce champion fascinant. Il est complètement en décalage avec les clichés qui ont circulé à son sujet. J’ai la chance de bien le connaître et je suis frappé par son humanité.

Une oeuvre qui vous rend meilleur ?
Desiderata, un texte découvert dans une église de Baltimore en 1692 et que ma mère m’a offert. Ce chef-d’oeuvre de sagesse m’apporte un sentiment de plénitude chaque fois que je le relis.

Comment dissipez-vous la tristesse ?
J’accueille tous les types de sentiments comme des signaux qui me rappellent que je suis vivant et qui me connectent à moi-même. La vie est un cadeau exceptionnel.

Votre mauvais goût ?
Formuler des vérités pas toujours bonnes à dire dans un monde outrageusement gouverné par le politiquement correct. L’authenticité est l’une de mes valeurs essentielles.