La France prépare son hommage d'adieu à Jacques Chirac

L’ex-chef de l’Etat, malade depuis de longues années, s’est éteint « très paisiblement, sans souffrir » et entouré des siens jeudi matin à son domicile, rue de Tournon dans VIe arrondissement de Paris. Avec Jacques Chirac disparaît l’un des principaux acteurs à droite de la vie politique française, depuis la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 2000,13 h 30, ce dimanche. Dans moins d’une demi-heure, les portes de la cour des Invalides, le monument militaire, s’ouvriront pour que le peuple des anonymes vienne rendre un dernier hommage à Jacques Chirac, l’ex premier ministre, l’ex-maire de Paris, l’ex-président décédé jeudi à l’âge de 86 ans,Deuil national, minute de silence dans les stades et les écoles, cérémonie populaire aux Invalides : la France se prépare à rendre un hommage intense dimanche et lundi à Jacques Chirac, le cinquième président de la Ve République décédé jeudi.

Particulièrement populaire depuis qu’il avait quitté le pouvoir, Jacques Chirac avait pourtant essuyé de cuisants échecs, comme lorsqu’il fut sèchement battu par François Mitterrand à la présidentielle de 1988,Celui qui fut également député de la rurale Corrèze – et était considéré comme l’un des siens par le monde paysan – fut deux fois président de la République, de 1995 à 2007, mais aussi deux fois Premier ministre (1974-1976 et 1986-1988), trois fois maire de Paris, fondateur de deux partis – le RPR et l’UMP – ainsi que ministre à répétition à partir de l’âge de 34 ans.

Des registres de condoléances ont été installés à l’Elysée, dont les portes sont ouvertes au public depuis jeudi soir. De son côté la Fédération française de football a annoncé une minute de recueillement avant tous les matches en France, ce week-end. La mairie de Paris a diffusé dès jeudi plusieurs dizaines de photos de son premier maire, élu de 1977 à 1995, sur un écran géant installé sur le parvis,Sur les trottoirs, loin encore des canons, une file d’attente surprenante de près d’un kilomètre d’admirateurs déterminés à prendre part à « l’hommage populaire » à Jacques Chirac en ce dimanche 29 septembre. Face à cette affluence impressionnante, les lieux devaient rester accessibles toute la nuit, jusqu’à 7 heures lundi matin,La foule des anonymes s’avance pour un dernier adieu plein de ferveur à Jacques Chirac. « C’est le dernier des présidents humains. Les nouveaux, c’est plus pareil. C’est plus des humains » confie, la voix nouée par l’émotion, Jacky de Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), militant RPR de la première heure.

Sous le porche de l’église, certains visiteurs font un selfie devant le catafalque et la photo d’un Chirac triomphant de jeunesse, qui, le bras levé, invite à le rejoindre dans l’action. Autour du cercueil se relayant toutes les vingt minutes, sabre en main, des élèves des quatre principales écoles militaires en grande tenue. La Navale et l’Armée de l’Air en sobres uniformes bleu marine. Les Saint Cyriens en casoar à plume et les gendarmes de l’Ecole des Officiers de Gendarmerie avec épaulettes et taconnet (képi) , Les mandats élyséens de Jacques Chirac resteront marqués par son « non » à la deuxième guerre d’Irak, la fin de la conscription militaire, la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, le passage au quinquennat, le cri d’alarme face à la dégradation de l’environnement (« Notre maison brûle »), et une première victoire importante sur la mortalité routière.

Lundi sera une journée de deuil national et un service solennel présidé par M. Macron sera rendu à 12H00 en l’église Saint-Sulpice à Paris. Parmi les nombreuses personnalités étrangères attendues, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre belge Charles Michel ont annoncé leur présence,A l’Assemblée nationale, le débat sur l’immigration programmé lundi après-midi a été reporté d’une semaine et la séance d’examen du projet de loi bioéthique prévue dans la soirée supprimée.

Face au cercueil, certains « pèlerins » ont les jambes qui flageolent. « Il y a eu quelques malaises, mais on est là pour ça », glisse un ange gardien de la Protection civile. Des Chiraquiens très croyants font un signe de croix. Quelques-uns s’inclinent, voire s’agenouillent brièvement,Une fois l’hommage rendu, et parfois quelques larmes versées, vient le temps d’écrire un dernier message. Lunettes noires pour cacher ses larmes, Maxima présente le cahier dans lequel elle a collé toutes les correspondances échangées avec le leader du RPR. « J’allais couvrir les affiches des socialistes et des communistes, on lui a fait gagner Paris. » 14 heures. À l’intérieur de l’église Saint-Louis des Invalides, la cérémonie interreligieuse réunissant des représentants catholiques, protestants, juifs musulmans et bouddhiste vient de s’achever devant Claude Chirac et son fils Martin Rey. Bernadette Chirac, trop fatiguée, n’était pas présente. Cédric Villani, candidat aux prochaines municipales était là. Son rival Benjamin Griveaux se présentera à son tour un peu plus tard.

Devant les portes qui s’ouvrent sur la cour pavée des Invalides, Jean-Louis Debré, le fidèle parmi les fidèles, le visage marqué par le chagrin, regarde les gens qui s’avancent par petits groupes pour venir se présenter devant le cercueil enveloppé dans un drapeau bleu blanc rouge. Auparavant, il leur faut attendre dans la cour pavée, au son de la première suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach entrecoupée d’enregistrements de déclarations de Jacques Chirac. « Ce soir c’est la République qui a remporté une victoire… » résonne la voix de l’ancien candidat victorieux,Marie-Dominique, enseignante quinquagénaire, fait partie des premiers anonymes à s’être recueillis. Elle s’est postée dès 10 heures devant les grilles ouvertes à 14 heures. « On peut bien attendre quatre heures pour notre président », souffle-t-elle. En arrivant avant beaucoup d’autres, elle a pu croiser « Claude », comme elle dit, la fille de l’ex-locataire de l’Elysée, vêtue tout de noir et accompagnée, notamment, de son fils Martin, mais pas de sa mère Bernadette, trop affaiblie.

17 heures. Dehors, la file s’est allongée. Elle remonte tout le long du boulevard de la Motte-Piquet jusqu’à la station Ecole Militaire. Et tout le temps, autant de conditions, d’âges et de motivations différentes pour un même témoignage,Un bouquet de fleurs en main composé, entre autres, de roses, Ladifetou, Camerounaise de 39 ans aux souliers dorés, est submergée par l’émotion. « C’est comme si c’était la fin du monde, avec un grand vide », confie-t-elle. Certains fidèles s’autorisent un selfie au risque de choquer leurs voisins. « C’est déplacé », s’offusque Christelle.

Jacques Toubon, le Défenseur des droits, vient lui aussi écrire une phrase en hommage à son ancien patron. En grand uniforme, Bernard, ancien artilleur de l’armée de terre, se souvient du Chirac qu’il a connu en Algérie. « J’avais 17 ans et lui, 24. Je peux vous dire que le lieutenant Chirac, c’était un chef. Vous le mettiez dans une pièce avec 25 personnes. Une heure plus tard, tout le monde lui obéissait. » Des enceintes propagent d’ anciens discours du chef d’Etat difficilement audibles entrecoupés de la suite n° 1 de Bach au violoncelle. En provenance de Troyes (Aube), Amine, 36 ans et Ciham, 28 ans, s’étonnent de s’être retrouvés dans la file d’attente dans la cour d’honneur aux côtés de Jean-Louis Debré, ami intime du grand Jacques. « Il a patienté comme tout le monde avec le peuple, c’est remarquable », applaudissent-ils.