les mesures d'Agnès Buzyn jugées insuffisantes par les personnels soignants

Les Français, eux, restent inquiets sur la situation: près de 7 sur 10 (9 sur 10 parmi les personnels hospitaliers) ont le sentiment que les services d’urgences se sont détériorés ces dernières années. Même si 44% des sondés ayant eu un problème de santé au cours du dernier mois sont d’abord allés voir un médecin généraliste, plus d’un quart (27%) des Français interrogés avoue s’être déjà rendu aux urgences pour une raison jugée non légitime… Parmi eux, 18% l’ont fait parce qu’ils n’arrivaient pas à obtenir de rendez-vous chez leur médecin, 14% parce qu’ils trouvaient ça plus pratique, et 7% pour ne pas avoir à avancer de frais, « Nous sommes très déçus. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. La crise est grave, profonde », a expliqué lundi 9 septembre sur franceinfo Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France, après les nouvelles mesures dévoilées par Agnès Buzyn pour répondre à la crise des urgences. La ministre de la Santé, a annoncé notamment le déblocage de « plus de 750 millions d’euros » et la création du SAS (Service d’accès aux soins) « pour répondre à toute heure à la demande des Français ». « Il n’y a pas de réponse concrète puisque la ministre n’annonce pas de grandes mesures en terme de budget dédié aux différentes demandes qui sont, notamment pour les urgences, la création de 10.000 postes et de 40.000 postes pour les Ehpad », dépeint Mireille Stivala secrétaire générale de la CGT santé.

Là encore, les annonces de la ministre de la Santé n’ont pas nettement convaincu: la proportion de Français qui soutiennent les grèves n’a quasiment pas baissé (89% contre 92% en juin, avec une marge d’erreur d’un peu moins de 2 points); idem pour les personnels hospitaliers (93% soutiennent les grèves contre 96% en juin). Et pour cause: la majorité des Français (64%) et plus encore des personnels hospitaliers (86%) jugent que le plan en 12 mesures annoncé par Agnès Buzyn, tout comme le budget dédié de 750 millions d’euros jusqu’en 2022, ne sont pas satisfaisants, »On ne note aucune avancée dans le cadre de nos revendications. Pour l’instant, il n’y a rien en terme de revalorisation salariale, rien en terme d’augmentation d’effectifs paramédicaux dans les services. Juste quelques timides annonces sur peut-être des réouvertures de lits d’aval », renchérit Orianne Plumet du collectif Inter-Urgences qui dénombrait vendredi 249 services d’urgences en grève. De son côté, le ministère en avait recensé 195 mi-août, soit la moitié des services d’urgences publics français.

Selon les grévistes, cette somme, puisée dans les crédits existants, n’entraînera donc pas la hausse de budget consacrée à la santé et pourrait même aggraver la situation, « C’est l’ensemble du système de santé qui dysfonctionne. Il va falloir plus que ces quelques mesures qui pour certaines sont des gadgets », a estimé Christophe Prudhomme. Selon lui, « la ministre a mis beaucoup de temps à répondre. Quand on laisse pourrir un mouvement, le niveau d’exigence augmente. La situation s’est dégradée entre le début du mouvement et aujourd’hui. » Plusieurs syndicats et associations de médecins hospitaliers ont déjà invité les praticiens « à rejoindre la mobilisation » pour « mettre fin aux restrictions budgétaires pour l’hôpital public ». Une assemblée générale des grévistes est prévue mardi, la CGT appelle à manifester ce mercredi.

Ce plan de refondation est certes la preuve d’une « prise de conscience » de la part du gouvernement mais laisse un goût d’inachevé aux professionnels de santé qui s’accordent à dire que les mesures sont trop « floues sur le financement, la valorisation, les postes », abonde l’urgentiste Maxime Gautier. « Il faut du temps pour que tout ça soit mis en place. On comprend qu’il y a du bon sens dans les démarches mais c’est très imprécis sur les applications », conclut-il, Alors que les trois quarts (77%) des Français se disent satisfaient de leur emploi, les personnels hospitaliers ne sont que 52% dans ce cas. Et le plan annoncé par Agnès Buzyn le 9 septembre pour résoudre la crise des urgences n’a pas amélioré la situation: ils étaient à peine plus (54%) d’insatisfaits lors d’un précédent sondage réalisé au mois de juin, et autant (46%) en décembre 2018. Le malaise semble d’ailleurs plus profond qu’une crise qui serait limitée aux urgences: l’insatisfaction des personnels soignants est la même, qu’ils travaillent souvent ou jamais dans ces services.

On va bricoler. Il y a des choses intéressantes dans ce que propose la ministre, mais ce sont des choses qu’on propose depuis des années qui n’ont pas été mises en œuvre. Que l’on réorganise dans les territoires une offre de soins avec des médecins généralistes et qu’on régule cette installation pour qu’il y en ait à proximité de tout citoyen. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On a pour la première fois des discussions qui vont s’ouvrir sur les numéros d’appel. Il ne faut pas les multiplier. Aujourd’hui nous avons un problème de coordination entre les pompiers et le Samu. Il faudrait que la ministre donne des consignes très précises aux gens qu’elle pilote, les directeurs d’hôpitaux et les directeurs d’ARS [Agences régionales de santé] pour que son discours soit en adéquation avec ce qui se passe sur le terrain. Aujourd’hui, on ferme des Samu. On a fermé le Samu de la Nièvre au mois d’octobre. Le Samu de l’Yonne est menacé. Le problème budgétaire est incontournable et la ministre n’y a pas répondu. C’est un préalable pour nous,A l’issue des annonces faites par la ministre, la déception se fait sentir dans les réactions des représentants syndicaux. Les personnels soignants espéraient des solutions concrètes avec la mise en place de plus de lits d’aval, des ouvertures de postes, une revalorisation salariale… Ils ont eu pour seule réponse des annonces « floues », regrette Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France.