Arrestations au Caire après des manifestations inédites contre le président Sissi

Par groupes de quelques dizaines d’hommes, parfois quelques centaines, armés de courage et en colère, des Egyptiens ont osé défier l’interdit de manifester pour descendre, vendredi 20 septembre au soir, dans les rues du Caire et d’autres grandes villes du pays aux cris de « Sissi dehors ». D’ampleur limitée et rapidement dispersés par les forces de sécurité, ces petits rassemblements sont un message fort adressé au président Abdel-Fattah Al-Sissi au vu de la chape de plomb répressive imposée au pays. Sur fond de marasme économique, la colère monte en Egypte contre le maréchal Sissi et son armée, dont l’implication accrue dans divers secteurs économiques est de plus en plus critiquée.

Au moins 74 personnes ont été arrêtées dans la nuit, a indiqué à l’AFP une source au sein des services de sécurité, alors que des policiers en civil patrouillaient dans les ruelles du centre-ville au Caire. La police a fait usage de gaz lacrymogène et s’est déployée place Tahrir, haut lieu de la révolution de 2011 qui avait abouti au renversement du président Hosni Moubarak, où le rassemblement nocturne a été organisé dans la capitale.

Les accusations de M. Ali ont trouvé un formidable écho sur les réseaux sociaux, où se sont multipliés les mots-clés dénonçant la corruption de l’armée et appelant le président Sissi à la démission. Le rôle croissant pris par les militaires dans divers secteurs de l’économie depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel-Fattah Al-Sissi à la faveur d’un coup d’Etat militaire à l’été 2013, et la multiplication de mégaprojets, tels que la nouvelle capitale administrative ou le doublement du canal de Suez, suscitent des critiques.

Les manifestations de vendredi faisaient écho à des appels lancés sur les réseaux sociaux, émanant notamment d’un homme d’affaires égyptien en exil, Mohamed Ali. Depuis l’Espagne, cet entrepreneur de la construction a publié plusieurs vidéos virales appelant au renversement de Sissi et des militaires, qu’il accuse de corruption.