Les dossiers chauds de la rentrée

Reprise du conflit commercial sino-américain, explosion de la coalition italienne, craintes de récession en Allemagne, ou encore inversion de la courbe des taux américains : l’été ne fut pas de tout repos pour les investisseurs, confrontés à une actualité foisonnante et anxiogène. Ces événements ont entraîné des craquements sur les Bourses, qui conservent toutefois d’importants gains depuis le début de l’année, à l’image des indices Dow Jones (+12%), Euro Stoxx 50 (+15%) et CSI 300 chinois (+29%). En cette rentrée 2019, de nombreux points chauds demeurent sur les écrans radars. Nous passons en revue les principaux. T andis que l’état des relations sino- américaines tient le monde en haleine, les Européens retiennent leur souffle à l’approche du Brexit, tout en gardant un oeil attentif sur la situation en Italie, et dans une moindre mesure en Allemagne (tensions dans la coalition), en Espagne (toujours sans gouvernement), etc. Témoin du stress ambiant : le niveau de l’indice Baker-Bloom-Davis mesurant l’incertitude politique (voir le graphique). Ce baromètre, qui s’appuie notamment sur les sujets traités dans la presse américaine et la dispersion des prévisions d’économistes, figure proche de son plus-haut.

Brexit La confusion est totale !
«Nous sortirons de l’Union européenne au 31 octobre, point à la ligne», avait lancé fin juillet Boris Johnson, fraîchement désigné Premier ministre. Il n’a depuis jamais quitté cette posture destinée à faire pression

sur les Vingt-Sept en brandissant le spectre d’un Brexit sans accord – donc d’un violent choc pour l’économie européenne ( Le Revenu n° 1542). Mais cette stratégie est torpillée par la fronde des députés britanniques. Ces derniers, révoltés par la décision du Premier ministre de suspendre le Parlement, ont dégainé in extremis une loi [en cours de vote à l’heure où nous bouclons] contraignant à un report de trois mois du Brexit, au 31 janvier, en l’absence d’accord avec Bruxelles au sommet des 17 et 18 octobre prochains. Un

casus belli pour Boris Johnson, qui a appelé à des élections anticipées le 14 octobre.
La tenue d’un tel scrutin devra être validée par une majorité des deux tiers. S’il a bien lieu, il pourrait conduire à une nouvelle impasse. Les sondages créditent en effet les conservateurs d’une certaine avance, mais sans espoir de majorité – à moins d’une alliance avec le Parti du Brexit. Reviendront ensuite sur le devant de la scène les négociations entre Londres et les Vingt-Sept, qui butent sur l’épineuse question du backstop irlandais. Bref, la suite des événements est hautement incertaine. Face à quoi les investisseurs gardent un étonnant sang-froid, si ce c’est le plongeon de la livre, à son plus-bas depuis trois ans.

Italie Une nouvelle alliance baroque au pouvoir
La coalition bancale entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles n’ayant pas survécu à l’été, lui succède une alliance entre ce dernier et le Parti démocrate, sous l’égide du Premier ministre sortant Giuseppe Conte. Matteo Salvini a perdu son pari : le leader de la Ligue, arrivée en tête aux européennes (34%), espérait provoquer des élections anticipées. Un scrutin à l’automne, lorsque l’Italie défendra son budget 2020, faisait peur aux investisseurs. Un nouveau bras de fer entre Rome et Bruxelles pourrait en effet dégénérer en crise de confiance à l’égard de la troisième économie de la zone euro, dont la croissance reste encalminée et l’endettement public colossal (132% du PIB). La menace écartée dans l’immédiat, les taux italiens à dix ans se sont effondrés sous 1%, contre 3% il y a six mois.

Après que Donald Trump a brutalement mis fin, le 1er août, à la trêve décidée fin juin, le conflit entre Washington et Pékin a connu l’une des pires escalades tarifaires depuis ses débuts au printemps 2018. Les États-Unis ont pris pour cible les 300 milliards de dollars de biens chinois jusqu’ici épargnés : une partie (environ 125 milliards) est taxée à 15% depuis le 1er septembre, tandis que le solde devrait l’être mi-décembre. De son côté, la Chine a mis en place le 1er septembre des droits de douane supplémentaires (de 5 à 10%) sur 75 milliards de produits américains. Plus grand monde n’envisage sérieusement un accord global qui mettrait un point final à cette escalade, du moins à horizon des élections américaines, fin 2020. Le conflit est en effet devenu plus complexe en s’intensifiant sur le terrain de la technologie (affaire Huawei) et des changes.