LA DROITE FAÇON PUZZLE

Les Républicains vivent une rentrée 2019 en ordre dispersé, sans patron ni ligne politique. Dans ce paysage dévasté, plusieurs personnalités tentent d’entretenir l’espoir, dont Valérie Pécresse qui nous explique comment elle compte réunir « la droite plurielle ».

LA DROITE a traditionnellement l’habitude de faire sa rentrée éparpillée façon puzzle, chacun dans son coin ou presque. Mais jamais elle n’était apparue aussi écartelée qu’en cette rentrée 2019. Jamais non plus son avenir n’avait paru aussi trouble. Les Républicains doivent se retrouver ce week-end à La Baule (Loire-Atlantique), quand Valérie Pécresse, qui a claqué la porte du parti en juin, réunit ses troupes le même jour à Brive (Corrèze). Président déchu, Laurent Wauquiez fait bande à part et donne rendez-vous, au même moment, en Haute-Loire. François Baroin, un des grands espoirs du parti, préfère, lui, se rendre à la Fête de la pomme du centriste Hervé Morin, là où le Nordiste Xavier Bertrand fait carrément l’impasse et se réserve pour une grande émission politique à la mi-septembre. « C’est dommage de ne pas jouer ensemble quand on a un orchestre », souffle, dépité, le député de l’Oise Eric Woerth.

UN PARTI TOUT OCCUPÉ À L’ÉLECTION DE SON PRÉSIDENT
Cette situation est symptomatique de la perte de repères d’un parti qui, en plus d’avoir vécu sa plus grande claque électorale aux élections européennes (8,48 %), se vide progressivement de ses forces. D’un côté, les électeurs qui ont majoritairement boudé LR au profit du camp macroniste ou du Rassemblement national, de l’autre, des élus qui semblent de plus en plus nombreux à répondre aux oeillades de la majorité présidentielle en vue des municipales (lire page suivante). Plusieurs dizaines de maires de la droite Macron-compatible se sont même réunis hier à Angers (Maine-et-Loire), quand d’autres se retrouvaient le même jour à Nice (Alpes-Maritimes), sous l’égide de Christian Estrosi.

« Nous étions à l’année zéro de la droite en 2017 après le désastre de la présidentielle, nous sommes paradoxalement à l’année moins 2, c’està-dire qu’on a encore réussi à reculer », a déploré, hier, Jean-François Copé sur France 2, tout en apportant son soutien à Christian Jacob dans la course à la présidence de LR. Car jusqu’à la mi-octobre, date de l’élection, toute l’énergie des Républicains est concentrée sur la désignation du successeur de Laurent Wauquiez.

Une élection sans grand suspense, tant l’issue du scrutin paraît jouée d’avance. L’archi-favori Christian Jacob affronte les députés méconnus Julien Aubert et Guillaume Larrivé. « On sent que ça ne passionne pas les foules », constate une députée LR. Eric Woerth s’était, lui, opposé à la tenue d’une telle élection. « On va parler de LR à la rentrée, alors que les autres vont parler de fond », prévenait-il dès le mois de juin.

LES MUNICIPALES COMME BOUÉE DE SAUVETAGE ?
Au sein du parti, plusieurs ont renoncé à briguer la présidence, préférant chacun de leur côté faire vivre leur propre courant. C’est le cas du patron des sénateurs Bruno Retailleau, à la tête de Force républicaine, ou de Guillaume Peltier avec les Populaires. L’eurodéputé Geoffroy Didier veut, lui, animer un courant de « droite progressiste » quand d’autres veulent animer une sensibilité ultra-conservatrice… pas si éloignée des idées défendues par Marion Maréchal (lire page suivante).

Démissions en cascade, atomisation en courants, absence de leadership, fuite des électeurs et des adhérents, LREM et le RN plus que jamais en embuscade : c’est désormais la question de la survie de la droite historique qui est posée. Aux Républicains, on veut toutefois croire que les élections municipales seront l’occasion pour le parti — qui possède un fort ancrage territorial, alors que LREM n’en a pas — de recoller les morceaux.