Renseignement : les hommes des présidents

Ils sont les yeux et les oreilles du chef de l’Etat. Le livre « Les espions de l’Elysée, le président et les services de renseignement » dresse le portrait des personnages les plus secrets de la République.

Depuis 2008 et la réforme des structures du renseignement français décidée par Nicolas Sarkozy, le chef de l’État dispose à ses côtés, à l’Elysée même, d’un coordonnateur national du renseignement. François Hollande a conservé ce poste, étoffé par Emmanuel Macron, qui lui a associé la lutte antiterroriste. Le premier titulaire fut le diplomate Bernard Bajolet, suivi par le préfet Pierre de Bousquet de Florian, aujourd’hui en fonction. Ce dernier fut nommé dès le début du quinquennat, le même jour que les deux nouveaux chefs des principaux services de renseignement, la DGSI et la DGSE. L’ouvrage « Les espions de l’Élysée, le président et les services de renseignement » (Tallandier) rassemble des entretiens avec les principaux animateurs de cette fonction originale et encore nouvelle dans l’administration française, et dresse un tableau informé d’un aspect important de l’histoire du renseignement d’Etat en France.

Son auteur, Floran Vadillo, connaît son sujet : quand il travaillait avec le président de la commission des Lois de l’Assemblée nationale Jean-Jacques Urvoas, il fut l’un des concepteurs de la loi sur le renseignement du 24 juillet 2015. Son acolyte, Alexandre Papaemmanuel, maître de conférences à Sciences po Paris, partage avec lui l’animation du très productif groupe de réflexion L’Hétairie, qui promeut « le combat des idées à gauche ». Tous deux étant bien introduits dans l’univers du renseignement, ils ont su poser les bonnes questions, sans aucun esprit partisan… et obtenir de bonnes réponses.

On apprend ainsi que le premier coordonnateur, Bernard Bajolet, n’a jamais eu de contact régulier avec Nicolas Sarkozy et regrettera toujours que sa position dans la hiérarchie élyséenne n’ait pas été identique à celle du chef d’étatmajor particulier ou du conseiller diplomatique. François Hollande, souvent présenté comme très lié à Bajolet, voit les choses différemment : « Il n’y avait aucun lien particulier entre nous, ce n’était pas un ami proche. (…) Le coordonnateur n’est pas le chef du renseignement.» Durant le mandat de François Hollande, le rôle de la délégation parlementaire au renseignement, chargée du contrôle des services, fut considérablement accru : « Nous n’avons constaté aucune fuite ou utilisation malveillante des informations communiquées aux élus », se réjouit le prédécesseur d’Emmanuel Macron.

Les coordonnateurs se suivent et ne se ressemblent pas : Ange Mancini, Alain Zabulon, Didier Le Bret et les suivants eurent chacun des arguments à avancer, notamment après les attentats de 2013, 2015 et 2016. Didier Le Bret explique ainsi que ces événements non anticipés ont provoqué le besoin d’« agir avec de nouveaux acteurs et en priorité avec ceux qui ne sont pas directement impliqués dans la matière renseignement ». Rassemblés dans cet ouvrage, de tels témoignages sont une contribution importante à l’histoire du renseignement en France.