La police, au rapport !

Pendant cinq interminables semaines, un slogan simple et insistant — « Où est Steve ? » — a réclamé des comptes sur l’invraisemblable disparition de Steve Maia Caniço, 24 ans, sur un quai de Nantes, pendant la Fête de la musique. Le 30 juillet — jour de l’identification du corps —, la synthèse d’un rapport de l’IGPN (la police des polices), daté du 16 juillet, était rendue publique : malgré l’usage établi de gaz lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de lanceurs de balles de défense (LBD), malgré les vidéos attestant des alertes hurlées par des fêtards — « Y a des mecs à l’eau, y a des mecs dans la Loire ! » —, il concluait avec une suspecte rapidité à l’absence de lien entre l’intervention policière et la chute du jeune homme. A Nantes comme ailleurs, l’amertume et la colère s’ajoutent au chagrin. Du barrage de Sivens (où est mort Rémi Fraisse en 2014) au quai Wilson, des cités de banlieue à NotreDame-des-Landes, un redoutable fossé ne cesse de se creuser entre les forces de l’ordre et une jeunesse jalouse de son droit à manifester, à s’opposer, ou simplement à se réunir pour faire la fête un soir de juin. Quelles que soient les fautes commises à Nantes (musique non coupée, jets de projectiles) et les difficultés d’agents sans doute épuisés, peut-être mal préparés ou dirigés, l’opacité générale autour des violences policières alimente cette défiance. Aucune statistique indépendante ; un débat tronqué, faute d’informations suffisantes, sur les stratégies et l’utilisation des armes de maintien de l’ordre ; un soupçon d’impunité générale d’agents contrôlés par leurs pairs de l’IGPN. Un tabou épais et dangereux, qui empêche la police de rester — ou de redevenir — ce qu’elle doit être dans une démocratie : un rouage central de la cohésion sociale.