Des villages et des visages

Bonne idée que ce choix du magazine de France 3 de se pencher plus avant sur ce qu’il nomme une vraie « Passion patrimoine ». La France ne vit pas seulement par ses 36.000 communes. Elle irradie aussi à travers ses villages, dont certains sont des joyaux que, d’ailleurs, célèbre Stéphane Bern à sa façon. De beaux villages, la Provence en regorge. Tous ne sont pas des stars, fréquentés par une « aristocratie du Midi ». Carole Gaessler a choisi d’en épingler quelques-uns, mis en lumière à travers le travail permanent de quelques bonnes âmes. Ce numéro est donc consacré « aux femmes et aux hommes qui dynamisent les villages de Provence ». Le Luberon se situe au premier plan dans cette balade provençale. Avec un premier arrêt à Simiane-la-Rotonde et son château considéré comme une perle de l’architecture romane provençale. Dans ce village un peu oublié, des maîtres verriers italiens ont laissé quelques merveilles dans les maisons. On y pénètre en bénéficiant d’explications historiques et artistiques qui font voir les choses plus profondément. Ce numéro a le mérite de quitter les grands classiques du genre, Ménerbes, Saint-Rémy, Oppède-le-Vieux ou Gordes, par ailleurs largement connus des estivants belges dotés de quelques moyens. Il tombe à pic en ce mois de juillet et sa rediffusion est bienvenue.

Comme partout dans l’Hexagone, les petits villages se vident, anémiés, orphelins de nouveaux projets. À Brantes, ce n’est pas le cas, nous apprend « Des racines & des ailes ». Nathalie David y a ouvert une petite librairie sur la Provence et elle édite quelques bouquins d’intérêt local. C’est une porte ouverte sur la région, un volet qui se lève, des discussions et des lectures en perspective. Elle n’est pas la seule entrepreneuse à croire en l’avenir. Jean-Pierre reconstruit des maisons laissées à l’abandon. Elles seront réinvesties, frêle rempart à la désertification, tout du moins en été, quand tout paraît beau sous un ciel azur. La Provence tombe en léthargie en hiver. Les villages retrouvent la quiétude. Mais on ne doit pas s’en détourner pour autant. Brantes vit d’initiatives, comme celle de Rory et de sa femme, Anglais façon Peter Mayle pour ceux qui s’en souviennent. Ils ont mis au point et lancé une petite brasserie artisanale baptisée « La Géante de Provence ». Un pari sur cette terre de rosé célébré à toutes les tables et dans tous les bistrots.

Cette Provence-là, photographiée à l’époque parWilly Ronis en noir et blanc pour la postérité, n’existe plus, ou moins. Mais on lui découvre toujours des vertus. Dans les Baronnies, à Rosans, Jean- François part toujours à la cueillette des herbes médicinales et aromatiques à distiller. Une belle occupation à la Giono, avec les plantes du coin. Un homme, un village, une activité, une raison de rester. C’est ainsi que la Provence se perpétue.

Dans les symboles naturels qui fondent l’identité de la Provence, il en est un qui la barbouille d’une couleur vive : la lavande. À Ferrassière, on la cultive de génération en génération et les champs s’étendent à perte de vue. De la grand-mère à la petite fille, on se confie un savoir-faire. Ces champs ne servent pas qu’aux touristes pour s’extasier, ils marquent le territoire et la vue.