Philippe sur les traces de Léopold Ier

Sous le riant soleil de Gotha, en Thuringe, land du centre de l’Allemagne, le château de Friedenstein dévoile tout le charme de sa splendeur baroque un peu passée. C’est que, ce mardi 9 juillet, la vieille bâtisse est à la fête. Elle accueille à nouveau trois de ses enfants. Et lesquels ! Le prince Andreas de Saxe-Cobourg et Gotha, 76 ans, prétendant de la couronne ducale et chef de la maison princière allemande ; son fils, le prince héritier Hubertus, 43 ans ; et surtout leur cousin… au 6e degré, Philippe,le roi des Belges, venu avec son épouse, la reine Mathilde, pour deux jours de visite officielle en Thuringe et en Saxe- Anhalt !

Si, autrefois, sur ses terres, le duc de Saxe- Cobourg avait le statut d’un chef d’État, d’un véritable suzerain et grand propriétaire terrien, la Première Guerre mondiale est passée par là. À l’Armistice, les États allemands abolissent leurs monarchies respectives en même temps que celle de l’empire allemand. Les duchés et grands-duchés sont incorporés en tout ou partie dans les länder de la nouvelle République de Weimar. Le duché de Saxe-Cobourg n’y échappe pas. Les tenants du titre ne sont même plus chez eux à Friedenstein. La demeure du XVIIe siècle, qui fut si longtemps l’une des deux résidences officielles des ducs et de leur famille – avec le palais (d’été) Ehrenbourg à Cobourg –, appartient aujourd’hui à l’État et a été transformée en musée. Et ce ne sont pas les princes qui accueillent officiellement Philippe et Mathilde. Ils se tiennent en retrait et laissent au bourgmestre de Gotha, Knut Kreuch, l’insigne honneur d’inviter le Roi et son épouse à pénétrer dans le château ancestral. Cela dit, Philippe connaît très bien son cousin Hubertus. Il a d’ailleurs accepté d’être l’un des parrains de son fils Phillip. Les deux familles se voient une à deux fois par an et entretiennent des liens très amicaux. Pour cette visite officielle de deux jours outre-Rhin, les Souverains belges ont prié le ministre-président de la Communauté germanophone de les accompagner. Être tout seul pour « couvrir » le Roi, c’est une première pour Oliver Paasch qui y voit surtout « un honneur et une reconnaissance de la Communauté germanophone comme pont entre la Belgique et les autres pays germanophones en Europe. » C’est aussi une manière de mettre à l’honneur cette discrète mais si belgicaine communauté à l’occasion du centenaire du rattachement des Cantons de l’Est à la Belgique.

Au coeur de ce séjour sur les terres ancestrales de la Famille royale, on aura pu constater la mise à l’honneur du roi Léopold Ier, le premier roi des Belges, qui, on va le lire dans l’article en pages suivantes, a joué un rôle considérable dans l’essor de la famille princière allemande en Europe. Ainsi, pendant la visite des appartements privés du duc, nos Souverains ont pu découvrir, dans la salle des fêtes du château, au plafond spectaculaire et à la déco un peu chargée d’histoire… et de poussière, une affiche géante annonçant, en français, les festivités prévues du 21 au 23 juillet 1856 à l’occasion des 25 ans de règne du premier souverain belge. Ils ont aussi pu admirer, sur un vaste panneau, la reproduction d’un arbre généalogique immense et prestigieux, mais qui ne constituait au fond que la « branche ernestine » d’un clan aux ramifications encore plus considérables (lire par ailleurs). Une histoire de famille que Philippe maîtrise, lui, à la perfection mais qu’il aimerait davantage faire connaître…