Des maisons pas toujours de tout repos !

Le 20 juin 2015, deux femmes s’introduisent dans un home situé à Mettet et subtilisent les bijoux d’une résidente de 93 ans. Interpellées, elles sont placées sous mandat d’arrêt et inculpées pour vol avec violence. En février 2017, près de 50.000 euros sont détournés dans une maison de retraite de Blaugies, dans l’entité de Dour. La victime est un pensionnaire âgé de 96 ans. La confiance de Raymond Huart a été abusée. Des virements postaux lui ont été dérobés pour lui soutirer plusieurs tranches de 10.000 euros sur son compte bancaire. Le parquet confirme qu’il y a trois suspects, dont une aide soignante. C’est la famille qui a donné l’alerte. En janvier 2018, le tribunal correctionnel de Mons condamne un trentenaire, originaire de Boussu, à une peine de trois ans d’emprisonnement à la suite d’une série de vols commis au préjudice de personnes vulnérables à Saint-Ghislain et à Boussu. L’homme, qui s’est fait passer pour un membre du personnel, est entré, sans y être invité, dans les chambres de ses victimes qui résidaient dans des maisons de repos de Saint- Ghislain et Hornu. En octobre 2018, le juge d’instruction de Furnes prive de liberté un homme de 39 ans originaire de Charleroi. Il est soupçonné d’avoir commis 30 vols dans des maisons de retraite à travers tout le pays. Il repartait essentiellement avec de l’argent en liquide et les cartes bancaires des pensionnaires.

DES PLAINTES EN VRAC
Si l’actualité judiciaire récente démontre que la vie dans une résidence pour personnes âgées n’est apparemment pas toujours de tout repos, c’est ce que révèle aussi la dernière enquête réalisée en 2013 par « Test-Achats ». Mené auprès de 1.300 personnes dont un proche séjourne ou a séjourné dans une maison de repos, le sondage visait à évaluer le degré de satisfaction des familles quant aux différents services assurés dans les établissements, tels que la chambre, les soins, les repas, les espaces communs et les frais. Tant les maisons de repos traditionnelles que les maisons de repos et de soins ont été évaluées et aucune distinction n’a été faite quant à la catégorie de maison de repos (dépendant du CPAS, structure privée ou résidence-services). Dans l’ensemble, plus de la moitié des sondés ont eu à se plaindre de problèmes divers allant de la négligence aux vols.

DE L’ARGENT, MAIS PAS QUE…
Photos, bibelots…, pour se sentir bien dans son nouvel environnement, une personne âgée s’installe le plus souvent en maison de retraite avec des éléments de décoration personnels. Elle emporte aussi ses vêtements et, le cas échéant, ses prothèses (dentaires et auditives) et ses lunettes. Ces effets personnels intéressent aussi les voleurs. La maman de Marie C. se trouve en maison de retraite depuis plus de treize ans. Si elle est satisfaite de la qualité des soins, elle est profondément excédée que sa mère doive subir des vols à répétition. « Comme on ne sait pas aller voir maman tous les jours, on lui fait des provisions de ce qu’elle aime et cela disparaît systématiquement du frigo. Ma soeur lui offre un parfum pour la Fête des mères, la semaine suivante il n’est plus là. Je lui achète dix paires de bas pour l’hiver, je les range encore emballées. À ma visite suivante, plus rien ! Sans compter ses robes qui partent à la laverie et qui ne reviennent pas. C’est une accumulation de petites choses, mais c’est profondément agaçant. Et lorsqu’on a le malheur de se plaindre, on nous argumente que maman perd la tête ou, pire, on nous répond que si nous ne sommes pas contents, nous pouvons aller voir ailleurs. Quand on sait combien les places sont chères en maison de repos, on finit par se taire. Ce n’est pas normal ! »

QUELLE RESPONSABILITÉ ENGAGÉE ?
Toujours selon l’enquête réalisée par « Test-Achats », la grande majorité des répondants confrontés à ce problème en ont déjà fait part au personnel soignant ou à la direction de la maison de repos. Mais cela ne garantit en rien une amélioration de la situation : 30 % de ceux qui disent avoir rencontré un souci estiment que celui-ci n’a pas été résolu et 30 % déclarent qu’il n’a été résolu que partiellement. «Une maison de repos est un lieu sujet à des va-et-vient constants. Il est extrêmement compliqué d’offrir une sécurité maximale aux pensionnaires. Les établissements que je connais refusent donc le plus souvent toute forme de responsabilité en matière de perte, de dommages ou de vols d’effets personnels, d’autant plus que certains résidents ont des pertes de mémoire et retrouvent leurs affaires par après. Il faut quand même aussi le dire », nous explique Sandrine V., ancienne gestionnaire d’un home, aujourd’hui infirmière dans une maison de repos en périphérie bruxelloise. « Afin de protéger le senior, la première chose à faire est de lire attentivement le contrat d’hébergement avant de le signer. Certaines maisons de repos indiquent clairement une décharge de responsabilité. Ensuite, les meubles et les objets de décoration doivent faire l’objet d’un inventaire à l’entrée.

Cet inventaire est joint au contrat. En ce qui concerne le nettoyage du linge personnel, s’il n’est pas pris en charge par la famille, nous faisons appel à un prestataire externe. Si les vêtements sont perdus ou abîmés, ce qui peut arriver, il rembourse, en tout cas chez nous, un forfait de 30 euros par pièce égarée. Pour le reste, tout doit être un maximum mis sous clé et les effets de valeur déposés dans le coffre de l’établissement. Quant aux bijoux portés quotidiennement, comme les alliances, les colliers et les montres, il vaut mieux les mentionner aussi dans l’inventaire d’entrée. Maintenant, je suis consciente que ce n’est pas facile. La chambre est considérée comme le domicile privé de la personne âgée. En même temps, elle cohabite dans un espace ouvert, en collectivité. On ne peut donc éviter certaines mauvaises pratiques. » Si dans la majorité des cas, ces pratiques délictueuses sont constatées du vivant de l’aîné, il arrive aussi que la découverte des biens disparus ou des sommes extorquées ne se fasse qu’après son décès, soit lors de l’ouverture de la succession, ce qui génère aussi parfois de très mauvaises surprises.