Bruit de bottes dans le Golfe

Personne ne cherche la guerre, pour reprendre les mots du guide suprême iranien et ceux du chef de la diplomatie américaine, pour une fois d’accord. Pourtant, les tensions entre les deux pays se sont accrues ces derniers jours, au point de faire craindre un conflit militaire entre les deux pays.

Washington a ordonné mercredi à son personnel diplomatique non indispensable de quitter l’ambassade de Bagdad. Le département d’Etat a publié une alerte de sécurité recommandant aux voyageurs de ne pas se rendre en Irak à cause des groupes anti-américains alors que le corps des Gardiens de la révolution islamique avait été inscrit, le 8 avril dernier, sur la liste des organisations terroristes. La Maiso Blanche a ordonné l’envoi de bombardiers B-52 au Qatar et le déploiement d’un porte-avions. La pression est donc passée de sanctions économiques – renforcées récemment avec la fin de certaines exemptions sur les achats de pétrole iranien – à des démonstrations de force militaires.

Le président iranien Hassan Rohani a annoncé, lui, que Téhéran ne respecterait plus certaines clauses de l’accord sur le nucléaire. L’Iran cessera ainsi d’exporter son surplus d’uranium enrichi, ce qui implique mécaniquement le dépassement du plafond autorisé. Pis, si dans les deux mois les autres signataires de l’accord ne compensent pas les pertes économiques imposées par les Etats-Unis, alors l’Iran envisagera de ne plus respecter d’autres contraintes encadrant son programme nucléaire.

On imagine le retour à un enrichissement de l’uranium qui placerait « de facto l’Iran sur la trajectoire d’un accès à des matières fissiles de qualité militaire ; autrement dit : l’acquisition de la bombe », souligne Michel Duclos, conseiller géopolitique de l’Institut Montaigne. L’expert estime que la solution se trouve à Washington et que le président américain ne souhaite pas l’escalade. Donald Trump n’est pas sur la même ligne que son conseiller national pour la sécurité. Il n’empêche, un conflit accidentel ne peut être écarté, dans un contexte où des attaques visant l’Arabie saoudite ont été menées ces derniers jours, même si c’est du côté de rebelles yéménites qu’il faudrait trouver les coupables. Plus que jamais, une initiative diplomatique européenne est la bienvenue. Mais Donald Trump est-il prêt à l’accepter ?.