Ursula von der Leyen doit encore obtenir une majorité

Ursula von der Leyen est loin d’avoir partie gagnée. Sa nomination était inattendue : ministre de la Défense dans le gouvernement allemand depuis plus de cinq ans, après avoir occupé les portefeuilles du Travail (2009-201 3) et de la Famille (2005-2009), cette proche d’Angela Merkel, membre comme la chancelière de la CDU, a coiffé sur le poteau d’autres candidats comme le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans et la libérale danoise Margrethe Vestager, nommés par leur famille politique pour le poste à la Commission. En séance plénière, le 4 juillet, les groupes conservateurs (PPE), sociaux-démocrates (S&D), Verts, droite nationaliste (CRE) et gauche (GUE/NGL) ont déploré le non—respect par les chefs d’État et de gouvernement du processus des Spitzenkanditaten. En vertu de celui—ci, la présidence de la Commission aurait dû revenir au Bavarois Manfred Weber, candidat du PPE arrivé en tête du scrutin européen du 26 mai ;ce à quoi Emanuel Macron s’est fer— mement opposé.

Les eurodéputés ont aussi cri— tiqué l’empressement des Vmgt-Huit à proposer les noms des vice—présidents de la Commission puisque le Conseil a promis ces responsabilités à M. Timmermans et à Mme Vestager, et au social—démocrate slovaque Mares Sefcovic. Ainsi que le manque de représentation des pays d’Europe de l’Est, les deux autres hauts respon— sables nommés sont espagnol — ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Pedro Sanchez, ]osep Borrell est pressenti pour occuper le même poste pour l’UE — et belge — le libéral Charles Michel succède au polonais Donald Tusk à la présidence du Conseil européen.

Des eurodéputés, singulièrement les sociauxdémocrates, se sont également plaint du rôle excessif joué tout au long de la procédure par des leaders qui ne respectent pas l’État de droit, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban. « Notre candidat a été écarté parce qu’il défendait les valeurs européennes et la préémi— nence du droit », a déclaré la cheffe du groupe S&D, Iratxe Garcia. Plus direct encore, Martin Schulz, le chef de file des sociaux-démocrates allemands, a estimé que la nomination d’Ursula von der Leyen était « une victoire » pour Viktor Orban. « Pour nous, elle est la ministre la plus faible. C’est apparemment suffisantpour deve— nir cheffe de la Commission », a-t-il déclaré. « Cette commission sera encore plus faible que la Commission sortante », pronostique pareil— lement l’écologiste Yannickjadot, qui, à l’instar de l’Insoumis Manuel B0mpard, estime que les nominations du Conseil aux postes clés de l’UE constituent un « très mauvais casting ».

Pour rassembler dans un vote à bulletin secret les 376 voix qui confirmeraiem sa nomination, Ursula von der Leyen s’est attelée à rencontrer tous les groupes du Parlement. Elle peut compter sur la bienveillance des 182 élus du PPE, sa famille politique, ainsi que celle des 108 élus libéraux du Renew Europe group (ex— ALDE) dans lequel siègent les macroniens.

Beaucoup moins sur un vote favorable des 153 élus S&D : les délégations allemande, britannique, néerlandaise, française et belge sont farouchement opposées à sa candidature ; le reste du groupe, tout en la jugeant défavorablement, était disposé lundi à l’entendre expo— ser son programme et voir si elle accepte un agenda plus progressiste sur les migrations, le changement climatique et les questions sociales. Quatrième groupe du Parlement (74 élus), les Verts demandent « un programme de réel changement », mais pour Ska Keller, leur coprésidenoe et candidate malheureuse à la présidence du Parlement européen, il n’y avait lundi « aucune raison » pour qu’ils ratifient la nomination d’Ursula von der Leyen. Un refus du Parlement constituerait un précédent.