Macron joue l’opinion contre les profs

Le bac 2019 s’achève dans un contexte d’affrontement entre des enseignants et un ministère. La grève des sur— veillances d’examen puis la rétention des notes a accentué le bras de fer.

Quelle est la légalité des « solutions » proposées par le ministre Blanquer ? Nombreuses sont entachées d’illégalité. Par exemple, les présidents de jury doivent normalement être nommés par arrêté. En principe, ce sont des universitaires, puisque le bac est considéré comme le premier grade universitaire. Or, cette année, on a vu des présidents de jury auto—désignés. Ensuite, les membres des jurys doivent être nommés par les recteurs. Or, cette année, ceux—ci ont dit qu’ils allaient faire appel à des enseignants qui n’avaient pas corrigé les épreuves. Le ministre a annoncé que ce serait les meilleures notes qui seraient retenues dans le cas où la note provisoire serait supérieure à la note définitive. Mais il y a eu des inégalités de traitement tels que des familles vont être en situation de protester. Des recours pourraient être engagés. Du point de vue juridique, la balle est dans le camp des parents d’élèves.

Ne serait-ce pas des recours des parents que le président aurait cherché à prévenir en évoquant la « prise d‘otage » ?
Le président a en effet voulu jouer l’opinion contre les profs. En outre, comme les lois Blanquer prévoient de développer le contrôle continu local au détriment d’épreuves finales nationales, le ministre a profité de l’action sur la rétention des notes pour anticiper ce fonc— tionnement. Le ministère prévoit en effet que le bac se passe à 10 % en contrôle continu, à 60 % à travers des notes issues d’un contrôle terminal (grand oral, philosophie, français et spécialités) et à 30 % en évaluations sur le modèle des examens semestriels universitaires, à raison de deux épreuves en première et une en terminale. Les évaluations des deux enseignements de spécialité devraient se dérouler fin mars pour pouvoir être intégrées dans les dossiers pour Parcoursup. Mais, d’une part, sur quoi travailleront les terminales en avril,mai, juin, si les épreuves pour entrer à l’université s’achèvent en mars ? En outre, tous les élèves n’auront pas choisi les mêmes com— binaisons de spécialités, donc les évaluations de mars vont s’étaler pendant au moins une semaine. Que vont faire les élèves de seconde pendant ce temps ? Au-delà de la remise en cause du diplôme national, cette réforme pose des problèmes de faisabilité et de métier. Les enseignants vont passer leur temps à évaluer.

En quoi le contrôle continu renforce-HI les inégalités ?
Le livret scolaire sert déjà à récupérer le faible pourcentage d’élèves qui ont un dossier bon ou moyen et se plantent à l’examen. Ces cas excep— tionnels ne peuvent pas justifier le contrôle continu. Une étude publiée par le Cnesco ( 1) l’an dernier montre aussi qu’un certain nombre de pays passés au contrôle continu reviennent vers une formule en épreuve terminale. Motif: c’est ce qui permettrait le plus d’égalité au moment de l’examen, mais aussi dans ce que les profs vont enseigner tout au long de l’année, indépendamment du supposé niveau des établissements. Mais impossible d’en discuter avec le ministère : il ne répond à aucun message, ni son cabinet. Je n’en ai jamais connu une telle absence de dialogue.

Quelle lecture faites-vous de cette année de mobilisations ?
On a eu l’impression de mobilisations permanentes ne mobilisant pas les mêmes personnes ni toutes les académies depuis septembre. Jean—Michel Blanquer a multiplié les mécontents : enseignants du premier degré, puis du second degré, lycéens, parents d’élèves. Les marques de mépris s’enchaînent. Par exemple, le ministre a envoyé une circulaire expliquant aux enseignants comment apprendre la graphie ! Ça n’est pas son rôle. Et la démocratie ne s’arrête pas après l’élection.

Quel signe pourrait marquer une volonté de reprendre le dialogue ?
Il faudrait déjà que le ministère reçoive les organisations syndicales. Il devait y avoir une présentation de l’agenda social le 8 juillet devant les fédérations de l’Éducation. Elle a été annulée au motif que le climat social « ne s’y prêtait pas ». Des rendez-vous bilatéraux ont donc été donnés. La FSU en a un prévu le 16 juillet. Un peu tard pour espérer des modifi— cations. Pour les salaires,]ean—Miehel Blanquer a annoncé un observatoire des rémunérations. Mais les enseignants attendent des mesures concrètes. Pour cette rentrée, au-delà des ques— tions éducatives, on attend des mesures assez dramatiques avec les réformes de la fonction publique et des retraites. Les effectifs seront en hausse dans les collèges, avec des suppressions de postes. En lycée, certains enseignements, comme les disciplines artistiques, n’existeront plus dans certains établissements. En septembre, le ministre avait dit que la réforme allait également servir « à rationaliser l’offi‘e de formation » . Certaines matières, artistiques notamment, n’existeront plus dans certains établissements, qui ne proposeront que 7 spé— cialités, contre 12 pour d’autres. L’autre gros chantier, c’est la réforme de l’éducation prioritaire, avec la suppression de la labellisation REP (2). Ne resteront que les REP +. Le maître mot de la politique éducative de jean-Michel Blanquer, c’est vraiment la rupture d’égalité, et ce, dans un contexte particulièrement auto— ritaire, idéologique et court—termiste.