AG: le marathon des actionnaires actifs se poursuit

La saison des assemblées bat son plein. La réunion des actionnaires d’EssilorLuxottica est riche d’enseignements. Le rejet de la rémunération de l’ex-patron de CGG sera sans grande conséquence.

Voici nos comptes rendus de cinq assemblées générales (AG) tenues cette semaine. Vous pouvez aussi retrouver celui de Suez en page 18, en complément de l’interview du directeur général, Bertrand Camus. Sur le site Investir.fr, vous pouvez également revivre les assemblées d’Engie, de Nexans, de JCDecaux, d’Altran et de Wendel. C’est évidemment l’AG d’EssilorLuxottica qui a le plus retenu l’attention. Le co-PDG, Hubert Sagnières, a paru effacé face à son alter ego, Leonardo Del Vecchio. Le fondateur de Luxottica, qui va fêter ses 84 ans, est habitué à une organisation très centralisée et n’a manifestement pas renoncé à choisir le futur dirigeant. Mais, chez Essilor, il devra compter avec l’association des actionnaires salariés, Valoptec. Sa présidente, Juliette Favre, ingénieure en mécanique, a contribué à dénouer la crise pour mettre en place une nouvelle gouvernance temporaire. Avec 4,3 % des droits de vote, soit 5,7 % des suffrages exprimés (compte tenu d’un quorum de 75,49 %), Valoptec a alors empêché de justesse l’élection d’une administratrice indépendante, l’Américaine Wendy Lane, proposée comme arbitre par des sociétés de gestion. Le défi à relever sera maintenant de convertir les Italiens aux vertus de l’actionnariat salarié, promu en France par la loi Pacte. Pour y parvenir, Valoptec devra se comporter en actionnaire responsable pendant le processus de mise en oeuvre des synergies, en particulier des économies de coûts.

UNE RÉVOLTE TROP TARDIVE DES ACTIONNAIRES DE CGG
La semaine a aussi été marquée par le rejet de la rémunération 2018 de Jean-Georges Malcor, directeur général jusqu’en avril 2018 du parapétrolier en difficulté CGG. La résolution concernée n’a obtenu que 34 % des suffrages. Mais comme la part variable était nulle, cela ne concerne qu’une rémunération exceptionnelle de 75.000 € ! L’indemnité de non-concurrence, bien plus importante, de 1,6 million d’euros, a en effet déjà été versée, fin septembre 2018, alors même que l’ex-dirigeant faisait valoir ses droits à la retraite ! Certes, cette situation absurde est désormais interdite par le Code de bonne gouvernance Afep-Medef, modifié en juin 2018 à la suite de l’affaire Carrefour. Mais la décision du conseil d’administration est antérieure, puisqu’elle a été prise le 1er décembre 2017, explique Charles Pinel, du cabinet de conseil en politique de vote Proxinvest. Le versement effectif est quand même intervenu après l’instauration de cette nouvelle règle de bon sens…

Pour mémoire, cette indemnité de non-concurrence a été approuvée à 80,66 % par les actionnaires en 2018, en remplacement, en quelque sorte, d’une indemnité de départ rejetée à l’AG de 2017. Les salariés remerciés et les actionnaires ruinés apprécieront cette ingéniosité. Toujours en matière de rémunération, on a remarqué que celle du patron de Thales est passée de justesse (60,5 % des voix), en raison de l’opposition de l’Etat actionnaire. Chez la foncière Unibail-Rodamco- Westfield, le dirigeant a obtenu un score mitigé de 74 %. Il est vrai que la fusion avec Westfield n’a, pour l’instant, pas prouvé sa pertinence. Aucun incident informatique n’a, à ce stade, été signalé dans le traitement des votes. L’an dernier, les problèmes étaient venus de BPSS, filiale spécialisée de BNP Paribas, et non pas de la banque organisatrice des AG concernées, Société Générale, comme nous l’indiquions à tort la semaine dernière. BPSS transmettait en effet des données erronées, mais a corrigé les dysfonctionnements dès juillet 2018.

UN PROGRAMME DE RÉUNIONS BIEN TROP DENSE
La semaine prochaine s’annonce particulièrement chargée, avec huit AG du Cac 40. Le programme est en outre extrêmement concentré, avec trois réunions mardi (Crédit Agricole, Orange et Société Générale) et pas moins de cinq jeudi (BNP Paribas, Capgemini, Dassault Systèmes, Safran et Valeo). Pour ceux qui ne peuvent se déplacer partout, nous continuons de publier nos comptes rendus en direct sur le site Investir.fr et collectons les pouvoirs pour 33 sociétés du Cac 40 (liste publiée le 30 mars).