Xi est maître chez soi

Au ban des nations depuis l’assassinat commandité de Jamal Khashoggi en octobre dernier, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane bénéficie néanmoins de l’appui de la Chine. Peu regardant sur les droits de l’homme en général et la liberté de la presse en particulier, Pékin s’était bien gardé de commenter la disparition du journaliste au consulat saoudien d’Istanbul. Reçu l’hiver dernier en visite officielle par le président Xi Jinping, Ben Salmane a renvoyé l’ascenseur au dictateur chinois en bénissant la sinisation forcée des populations musulmanes et Ouïghours turcophones du Xinjiang. « La Chine a le droit de prendre des mesures antiterroristes et anti-extrémistes pour préserver la sécurité nationale », a expliqué le gardien des lieux saints à la télévision chinoise avant de proclamer : « L’Arabie saoudite souhaite renforcer la coopération avec la Chine. » En réaction, le Congrès mondial des Ouïghours, basé en Allemagne, a aussitôt déploré l’indifférence de Riyad aux « violations flagrantes des droits humains par la Chine ». Et pour cause : Pékin contraint certains opposants ouïghours à boire de l’alcool et à manger du porc pour le Nouvel An, fait hisser le drapeau rouge sur les mosquées et inflige aux barbus de lourdes humiliations publiques.

« La politique d’assimilation systématique des autorités chinoises à l’égard des Turcs ouïghours est une honte pour l’humanité », a protesté la Turquie par voie de communiqué. La Grande-Bretagne n’est pas en reste. Miqdaad Versi, porte-parole du Conseil musulman britannique, a déclaré trouver « dégoûtants » les propos de Ben Salmane. Une marque d’irrévérence qui lui vaudrait sans doute quelques coups de fouet à Riyad.