Pékin et Washington signent une trêve

Les deux camps continuent de s’affronter. Les deux économies vont en pâtir. Le marché des changes est à surveiller, les autorités chinoises pourraient être tentées de dévaluer le yuan.

C’était prévisible. La nouvelle est tombée ces derniers jours : Pékin a décidé de riposter à la hausse des droits de douane supplémentaires annoncée la semaine précédente par le président américain, Donald Trump, sur 200 mi l l iards de dol lars d’importations américaines en provenance de Chine.Pékin a donc signalé à son tour un durcissement des taxes sur 60 milliards de dollars de biens américains importés en Chine. En moyenne, ces droits atteindront 18 %, car la fourchette progressera dès le 1er juin, selon les biens, de 5 %-10 % à 5 %-25 %.

CHOC POUR LES ACTIFS FINANCIERS
Ces annonces ont pesé violemment sur les places boursières. Selon les calculs de La Banque Postale Asset Management, les moins-values ont représenté déjà plus de 1.000 milliards de dollars. Sur un plan économique, le coût est pour l’instant mesuré (voir l’illustration ci-dessous), à seulement quelques dixièmes de points de pourcentage, selon les experts d’Oxford Economics. Le Fonds monétaire international est plutôt sur une fourchette de 0,5 % à 1,5 % pour la seule économie chinoise. Mais cela pourrait être davantage si la surenchère se poursuivait.

Donald Trump a également signé un décret interdisant aux entreprises américaines d’utiliser du matériel de télécommunicat ions d’entreprises présentant un risque pour la sécurité nationale. Cette décision cible la société chinoise Huawei ( lire page 19). La Maison-Blanche réfléchit aussi à d’autres taxes sur les 300 milliards de dollars de biens chinois qui ne sont pas encore surtaxés. Pékin pourrait alors, dans ce cas, déprécier sa devise, ce qui pénaliserait l’économie américaine, mais aussi celle des autres pays industrialisés. Pour l’instant, Pékin n’a pas mis cette menace à exécution, mais la tentation est forte. L’évolution de la parité dollar-yuan, en légère hausse, est un signal à surveiller.

DÉVALUATION MESURÉE DU YUAN
Les experts de Saxo Banque ne croient toutefois pas à une forte dépréciation décidée par les autorités chinoises. La barre des 7 yuans pour 1 dollar ne devrait pas être franchie, car « cela aurait des conséquences hautement préjudiciables pour les entreprises locales chinoises, qui utilisent leurs bénéfices en yuans pour rembourser leur dette massive libellée en dollars américains », expliquentils. Dans le cas contraire, la Réserve fédérale pourrait faire preuve de davantage de souplesse dans sa future politique monétaire pour peser sur la valeur du billet vert. Pour les marchés, la probabilité d’une baisse des taux directeurs dès l’automne est comprise entre 60 % et 70 %. C’est bien la problématique de la guerre commerciale qui a renforcé cette tendance.

RENDEZ-VOUS AU G20 DE LA FIN JUIN
D’ici là, le contexte aura forcément évolué, en mal ou en bien. Une rencontre devrait se tenir entre les présidents américain et chinois, fin juin, en marge du G20. Espérons que Donald Trump et Xi Jinping s’entendent, car « ce différend constitue bien la plus grande menace à court terme pour l’économie mondiale », estime Stéphane Monier, responsable des investissements de Lombard Odier Private Bank. Stéphane Deo, stratégiste de La Banque Postale Asset Management, croit toujours un accord possible, car les deux parties en ont besoin.

Le président américain désire un environnement économique et financier sain pour préparer sa campagne électorale. Son homologue chinois doit, lui, « parer le risque d’un ralentissement de la croissance. Le maintien de la stabilité sociale et politique passe par suffisamment de créations d’emplois ». Toutefois, même en cas d’accord, les dégâts seront importants. Comme le souligne Stéphane Deo, non sans humour, la manière de franchir un accord compte aussi. « On peut le franchir à vélo ou en voiture. »