Guillaume Peltier en embuscade

« Si Guillaume Peltier est élu, je me barre », prévient un poids lourd des Républicains. « Si c’est lui, je m’en vais », confie en écho un député LR qui, pourtant, apprécie le viceprésident du mouvement.Après la déculottée des européennes,la chute de Laurent Wauquiez, le départ de Valérie Pécresse, ils sont nombreux à redouter que son élection à la tête du parti soit le coup de grâce.

Si l’hypothèse Peltier fait si peur, au point de pousser des sénateurs à soutenir la candidature d’un député, Christian Jacob, c’est qu’elle est crédible. D’abord parce que le vice-président de LR n’a jamais caché son ambition. Ensuite parce que l’ancien fondateur de La Droite forte, créée en 2012 avec Geoffroy Didier pour organiser le courant sarkozyste, a ses propres troupes: 150 000 abonnés revendiqués à la newsletter de son mouvement rebaptisé Les Populaires et un trésor de guerre qui s’élevait à 80000 euros en 2017. Enfin parce que son discours peut marquer des points dans une élection interne. « Il est vomi par les parlementaires, mais il est apprécié par les militants», résume un ténor LR.

« Nous sommes devenus un petit parti conservateur cantonné à la rigueur budgétaire et au rigorisme moral », attaquait donc Peltier sur RTL, trois jours après les européennes. Et de plaider pour un « congrès d’Épinay de la droite », tout en s’en prenant au « communautarisme chrétien ». À peine Laurent Wauquiez parti, il s’activait pour tester une éventuelle candidature à la présidence de LR. Cette semaine, il s’est entretenu avec une cinquantaine de personnes, parlementaires ou présidents de fédération. Alors, quand beaucoup plaident pour que le futur président de LR ne soit pas candidat à la présidentielle, lui trouve l’idée « farfelue ». Forcément.

Parce que la présidentielle, il y pense beaucoup. Depuis sa nomination par Wauquiez comme premier vice-président de LR en 2017, l’ancien spécialiste desé tudes d’opinion à l’UMP soigne son storytelling, en jetant régulièrement dans la mare un pavé programmatique.Sans toujours prévenir Wauquiez.Dès avril 2018, il se prononce contre les privatisations d’Aéroports de Paris (ADP) et de la Française des jeux.Deux mois plus tard, il propose d’augmenter le smic de« 15 ou 20%». « Oui au débat,non au délire », réplique vertement son collègue Guillaume Larrivé en fustigeant une « idée néocommuniste ». Récemment encore,il défendait avec l’autre vice-président de LR Damien Abad un « chèque carburant » financé par une taxe sur les sociétés d’autoroutes. Il est alors recadré par un Wauquiez qui l’a surnommé« le Che » pour moquer les accents mélenchonistes de celui qui pourfend « les profiteurs du haut »comme« les profiteurs du bas ». Parallèlement, Guillaume Peltier tentait en coulisse d’organiser uncourant autour del ui, pour l’heure sans succès. « Il est talentueux mais il a les défauts de Wauquiez – insincérité, trop pressé, tendance à se croire plus intelligent que les autres… – sans le CV », lâche un des responsables LR qu’il a dragués. « Son positionnement est intelligent, mais il est jalousé », nuance un responsable de la droite.Que l’homme prétende désormais incarner « l’aile gauche » du parti en fait tousser plus d’un, rappelant qu’il a lancé sa carrière politique au Front national de la jeunesse. « Plutôt que critiquer les uns ou les autres et caricaturer des propos, j’aspire à bâtir un espoir, à rétablir l’unité et à mener la bataille des idées », répond-il.

Pour cette fois, Peltier pourrait s’effacer sagement derrière Jacob, non sans négocier au passage une promotion.Au milieu du champ de ruines, il reste d’un imperturbable optimisme: « Trois ans, c’est loin. En 2022, nous aurons un candidat. » Il se gardera de le dire, mais il s’y verrait bien, c’est sûr.