Brice Hortefeux, « Nous avons besoin de Nicolas Sarkozy »

Un score de 8,4 %, la démission de Laurent Wauquiez, un parti divisé : la droite va-t-elle survivre? Bien sûr,le résultat des européennes a été très décevant. Et l’attitude de quelques-uns, dans notre famille, affligeante! Laurent Wauquiez est un bouc émissaire trop facile.Et, par tempérament, je ne piétine jamais un homme à terre. Il a pris une décision courageuse, démontrant qu’il était beaucoup plus préoccupé par l’intérêt collectif que certains, qui pensent aujourd’hui d’abord à leur destin individuel. Pour renaître, la seule vraie question que doit se poser la droite, c’est celle de son utilité. Si nous savons y répondre, alors nous retrouverons, j’en suis convaincu, le chemin du succès.

Quelles sont les solutions? Notre devoir est de créer une nouvelle droite à la fois forte, populaire et sociale. Forte, c’est-à-dire revendiquant l’ordre et l’autorité. Populaire, en s’emparant des sujets régaliens, justice, sécurité et immigration, mais aussi en s’affirmant comme les premiers protecteurs des retraités, en soutenant leur pouvoir d’achat avec la réindexation des pensions sur l’inflation pour tous. Comme les premiers défenseurs des classes moyennes, en mettant fin à un système fiscal injuste qui leur fait porter trop lourdement le poids de l’impôt.Comme les promoteurs d’une nouvelle politique familiale, en réévaluant le quotient familial et en abaissant les droits de succession au même taux que l’Allemagne et la Belgique. Enfin, adressons-nous spécifiquement aux artisans, aux professions libérales, avec par exemple une imposition minorée des bénéfices réinvestis dans l’entreprise, aux PME et aux entrepreneurs familiaux,en mutualisant une partie des fonds de la formation professionnelle indispensable pour les PME et TPE…Nous devons engager ce travail de propositions, particulièrement en direction de ceux qui nous ont quittés.

Craignez-vous une fuite des élus LR vers le RN ou LREM? C’est dans les moments difficiles que se révèlent les caractères. L’échine souple vous plie, la colonne vertébrale vous redresse. L’avenir saura reconnaître et récompenser ceux qui tiennent plutôt que ceux qui cèdent.

Justement, que pensez-vous du départ de Valérie Pécresse? Demander le départ de Laurent Wauquiez comme condition de la reconstruction, l’obtenir puis partir, c’est incohérent pour elle-même et décevant pour nous tous. Je le regrette et souhaite qu’elle entende l’appel du pèlerin d’Emmaüs: «Ami il se fait tard, restons ensemble ».

Qui soutenez-vous pour diriger LR? Nous avons la chance d’avoir beaucoup de personnalités de talent. À commencer par le président du Sénat, Gérard Larcher, Bruno Retailleau, François Baroin, Laurent Wauquiez bien sûr et beaucoup d’autres. Mais aujourd’hui, nous avons besoin de nous retrouver autour d’une personnalité qui apaise, rassemble, concilie. Christian Jacob allie toutes les expériences du terrain, du Parlement et du gouvernement. Il est respecté des élus, apprécié des militants et a des relations chaleureuses tant avec François Baroin qu’avec Laurent Wauquiez. Qui dit mieux ? C’est pour toutes ces raisons que je le soutiens.

N’incarne-t-il pas l’ancien monde ? Au rythme des échecs d’Emmanuel Macron, l’ancien monde deviendra bientôt le nouveau… L’opinion publique ne le perçoit pas encore, mais la France va mal alors qu’elle devrait aller mieux ! Nous supportons aujourd’hui une dette publique abyssale: dès le 15 novembre, les caisses de l’État seront vides, obligeant une fois encore à emprunter pour les cinquante derniers jours de l’année; un taux de prélèvement obligatoire colossal : le jour de la libération fiscale sera cette année le 27 juillet, c’est-à-dire que nous travaillons 207 jours sur 365 pour payer cotisations et taxes; un niveau de chômage anormal alors que les États-Unis connaissent leur taux le plus bas depuis cinquante ans, et des dépenses publiques insupportables… On est bien loin de l’euphorie arrogante du pouvoir!

Bellamy était-il la bonne tête de liste ? Reconnaissons à François- Xavier Bellamy le courage de ses convictions. Sans doute a-t-il été injustement caricaturé. Ce score de 8,4 % est la conséquence implacable du mal foudroyant qui nous a frappés en 2017. Entre 2014 et 2019, nous avons perdu 50 % de notre électorat, 30 % ayant été vers Macron et 20 % vers Le Pen. Sans doute n’avonsnous pas été assez puissants dans l’expression de nos positions. Il est par exemple tout à fait anormal que seulement 13 % des retraités aient voté pour nous alors que nous n’avons cessé d’alerter sur les menaces que fait peser sur eux l’exécutif. À nous d’être plus déterminés, clairs et convaincants.

Nicolas Sarkozy doit-il intervenir ? Nicolas Sarkozy est, je le rappelle, le dernier à avoir fait gagner la droite. Cela lui donne une autorité bien particulière, et nous avons besoin de lui. Chacun de ses très nombreux visiteurs mesure combien il est attentif à la situation de notre pays et préoccupé par l’avenir de la famille politique qu’il a présidée et conduite au succès.

Doit-il revenir ? C’est à lui qu’il faut poser la question. Les enquêtes d’opinion montrent qu’il est aujourd’hui la personnalité la plus appréciée à droite. Sarkozyste inoxydable, je ne suis pas surpris.