Le marché affiche une confiance insolente

Le scénario du pire a été évité. Les négociations commerciales entre Washington et Pékin continuent. Donald Trump et Xi Jinping se rencontreront en tête à tête les 28 et 29 juin, en marge du sommet du G20 à Osaka, au Japon. Il n’en demeure pas moins que la situation s’est considérablement dégradée. Lundi, Pékin a décidé de riposter au relèvement des taxes de 10 % à 25 % instauré par Washington sur 200 milliards de dollars de biens importés. La Chine va taxer 60 milliards de marchandises américaines à un taux maximal de 25 %. Pékin a concentré ses attaques autour des produits alimentaires, et notamment du soja pour le bétail, du bois et des matières premières.

Du côté américain, le textile chinois est en première ligne, ainsi que les productions des entreprises qui sous-traitent en Chine. Elles sont présentes surtout dans les secteurs de la tech et de l’industrie. D’ailleurs, lundi, lors de la séance la plus tendue de la semaine, avec un indice S&P 500 en recul de 2,4 %, les plus fortes baisses se trouvaient parmi les valeurs technologiques américaines, un compartiment en retrait de 3,7 %.

La surtaxe douanière ne concerne pour l’instant « que » 40 % des produits importés de Chine. D’ici au G20, Washington étudiera d’éventuelles nouvelles taxes, portant sur les quelque 325 milliards de dollars de marchandises chinoises qui ne sont pas encore concernées. Surtout, Donald Trump vient indirectement d’interdire aux entreprises américaines d’utiliser du matériel de télécommunications fabriqué par le chinois Huawei. Celui-ci ne pourra plus, non plus, acheter, sans une dérogation, des pièces et des composants électroniques auprès des sociétés américaines.

Mais, pour l’instant, il est très difficile de mesurer les conséquences néfastes de ces décisions sur l’économie. Il est possible d’imaginer un impact sur l’inflation américaine et, donc, sur la consommation des ménages et la croissance économique. Mais, il est impossible de les quantifier, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il existe des produits de substitution à l’offre chinoise. Ensuite, des ajustements peuvent se produire sur les marges des entreprises chinoises et américaines. Enfin, Pékin a déjà commencé à affaiblir sa monnaie afin de retrouver une partie de la compétitivité perdue par la hausse des droits de douane.

La majorité des investisseurs continue donc de rester confiante, imaginant toujours un accord commercial entre les deux grandes puissances. Certains vont jusqu’à croire à la baisse des taux de la Fed réclamée par Donald Trump. Le fort recul des marchés d’actions au quatrième trimestre 2018 avait conduit la banque centrale américaine, sous la pression de Donald Trump, à renoncer à trois hausses de taux programmées et à geler sa politique monétaire. Un nouveau repli de la Bourse pourrait inciter à une autre réaction de la Réserve fédérale, estiment les investisseurs. Mais il deviendra compliqué de justifier une baisse des taux pour soutenir Wall Street et la croissance américaine en cas de choc inflationniste que provoquerait la guerre commerciale.

Les économistes sont perdus, comme au sujet du Brexit et de ses répercussions. Dans ce contexte, il est préférable de se concentrer sur ce qu’on sait avec exactitude : l’état de santé de nos entreprises cotées en Bourse. Et elles vont bien. Nous titrons même cette semaine que les sociétés du Cac 40 ne connaissent pas la crise. L’activité a été très dynamique au premier trimestre. Les quarante valeurs de l’indice ont affiché une progression moyenne de leur chiffre d’affaires, à données comparables, de 5 %. Les taux de croissance vont jusqu’à deux chiffres dans le luxe : LVMH, Kering et Hermès International, mais aussi dans l’aéronautique. Les entreprises ayant raté l’exercice des trimestriels sont rares, finalement. Legrand a dévoilé des résultats inférieurs aux attentes et des prévisions prudentes. Mais pour les autres déceptions, Accor, Capgemini et TechnipFMC, il ne s’agirait que d’un trou d’air passager.

Les investisseurs ont bien récompensé nos champions tricolores. En moyenne, les valeurs du Cac 40 ont été gratifiées d’une surperformance de 0,6 % le jour de leur publication par rapport à l’indice luimême. Un écart très élevé au regard des précédentes publications. Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que la Bourse a déjà bien progressé depuis le début de cette année.