Actionnariat salarié: la France en tête

Associer les salariés aux résultats de l’entreprise : l’idée remonte au général de Gaulle, et elle a porté ses fruits. Les Français détiennent 5,3 % du capital des sociétés françaises, contre 3,11 % pour la moyenne des salariés européens selon la dernière étude réalisée par la Fédération européenne de l’actionnariat salarié (FEAS). Plus de 3,2 millions de personnes détiennent des actions de leur entreprise, contre un peu moins de 2 millions au Royaume-Uni et un peu plus de 700 000 en Allemagne.

Mais, loin d’en tirer avantage pour motiver et fidéliser les salariés, la France a honni ce qu’elle avait adoré. Sous la présidence Hollande, le gouvernement a relevé à 20 % le forfait social payé par les entreprises sur tous les dispositifs d’intéressement, de participation ou d’abondement, décourageant celles-ci de prendre la moindre initiative de démocratisation. Résultat : le nombre de nouveaux plans mis en place a chuté.

Une évolution qui a inquiété Emmanuel Macron, désireux de relancer l’investissement dans l’économie réelle. Le chef de l’Etat n’a donc pas voulu attendre le vote de la loi Pacte pour relancer l’actionnariat salarié. Il a décidé de faire voter dans la loi de finances pour 2019, applicable dès le 1er janvier, la suppression du forfait fiscal payé par les entreprises de moins de 50 salariés et la baisse, pour toutes les entreprises, du taux du forfait de 20 % à 10 % sur l’abondement que les sociétés versent sur les plans d’épargne entreprise (PEE) ou les plans d’épargne pour la retraite collectifs (Perco) en complément des versements réalisés par le salarié. Avec cette mesure et celles contenues dans la loi Pacte, le gouvernement souhaite doubler le nombre de salariés actionnaires à l’horizon de 2030, et que leur part dans le capital des grands groupes cotés monte en moyenne à 10 %. Depuis le début de l’année, les projets reviennent, à l’instar de la Société générale, qui envisage de relancer son plan européen, d’Ubisoft, qui a annoncé un nouveau plan, ou d’Iliad, qui réfléchit à une première opération d’actionnariat salarié.

Les salariés actionnaires français, hors dirigeants exécutifs, détiennent en moyenne 28 000 euros, soit une augmentation de 126 % en dix ans. « Un montant en ligne avec la moyenne européenne », constate la FEAS. Le mouvement de relance est général en Europe, et en particulier en Grande-Bretagne. « Les entreprises européennes sont plus nombreuses à organiser des plans d’actionnariat, relève la FEAS. En 2018, 94,2 % des grandes entreprises européennes ont un actionnariat salarié, contre 78 % dix ans plus tôt. 87,3 % ont un plan en cours, et, parmi elles, une sur deux a étendu le dispositif à l’ensemble des salariés. » Au total, si l’on y ajoute les PME, 8,5 millions de salariés européens seraient actionnaires de leur entreprise. Reste que le montant détenu (384 milliards d’euros), rapporté à la capitalisation boursière de ces grands groupes, a fléchi l’an dernier, en particulier en Allemagne. Preuve qu’il y a encore du chemin à parcourir .