Les Chinois à Abuja

Objet de fantasmes en tout genre, la Chine a lancé ses tentacules à l’assaut de l’Afrique via son projet de nouvelle route de la soie. Nouveau jouet des griffes du dragon, le Nigeria. Cette république fédérale anglophone qui regorge d’or noir aiguise tous les appétits. À Lagos, le yuan est la nouvelle monnaie à la mode. Les billets chinois ont progressivement remplacé ceux de l’Oncle Sam. Devant la baisse de ses investissements, victimes de ses incessantes instabilités politiques, le Nigeria du président Muhammadu Buhari mise sur Pékin pour stimuler son économie. Le mandarin est en vogue sur tous les chantiers dirigés par les Chinois. Grâce à leurs capitaux, la capitale Abuja, sorte de Brasilia créée au beau milieu de la savane, va bientôt connaître les joies de son premier métro. Le premier de l’Afrique de l’Ouest. Mais cette coopération n’est pas sans conséquence.

Les produits de contrefaçons, notamment textiles, ont inondé le marché nigérian, faisant concurrence aux produits locaux. Et l’apparition d’une nouvelle ethnie métisse sino-nigériane n’est pas du goût de tous. Car il n’existe aucun Chinatown au Nigeria. Contrairement à leur réputation, les illustres fils du ciel se mélangent, épousent des Nigérianes et produisent une descendante mixte. Cette diplomatie d’influence horizontale est souvent perçue comme une ingérence insidieusement pilotée par Xi Jinping. Le satrape mandarin est devenu le nouvel Ogun du Nigeria, ce dieu du métal et de la guerre peu soucieux des droits de l’homme.