Catalans processionnaires

Les autorités espagnoles souffrent d’une phobie très spéciale : la peur du jaune, « amarillofobia ». Dernièrement, les riverains d’un parc madrilène auraient ainsi arraché des bandes adhésives jaunes servant à piéger les chenilles processionnaires en les prenant pour des symboles de l’indépendance catalane. Rapporté par l’émission « Espejo público » de la chaîne de télévision madrilène Antena 3, ce fait divers est devenu une quasiaffaire d’État.

La couleur jaune renvoie en effet à l’histoire tumultueuse des relations entre le royaume d’Espagne et la Catalogne. Aujourd’hui interdit dans certains lieux publics, le ruban jaune, « llaç groc », déchaîne les passions depuis que les Catalans l’ont arboré en signe de rejet des Bourbons lors de la guerre de succession d’Espagne (1705). Remis au goût du jour ces dernières années par la marche de la Catalogne vers l’indépendance, les llaços grocs symbolisent désormais le soutien aux leaders indépendantistes arrêtés.

C’est pourquoi les animateurs d’Antena 3 ont ironisé sur l’affaire du parc, déclarant qu’il était normal de confondre les pièges à chenilles jaunes avec des llaços grocs, et donc de les arracher. Or, la ville de Madrid a opposé un démenti cinglant : aucun riverain n’aurait arraché quoi que ce soit. Selon les versions, des agents municipaux ou des employés d’une société privée auraient retiré les pièges à la demande de la mairie. Et les médias catalans de dénoncer l’empressement des unionistes à tout ramener à leur obsession.

Vu de l’Hexagone, tout cela semble faire beaucoup de bruit pour rien. La montée de fièvre aurait pu être évitée si Madrid avait employé un produit français, les colliers Écopiège® antichenilles processionnaires, qui ne sont ni jaunes ni toxiques. Les esprits chagrins noteront que ce répulsif est produit par la société la Mésange verte, implantée à Bages… en Catalogne nord.