Des géants en mutation et des petits spécialistes

Engie n’a pas été le seul, parmi les grands énergéticiens européens, à remettre son modèle en question ces dernières années. Même le monolithe EDF s’est engagé fin novembre à présenter à l’Etat actionnaire, au second semestre 2019, une nouvelle architecture de ses structures, tout en restant un groupe intégré. Un holding détenu par l’Etat pourrait ainsi coiffer, d’une part, le nucléaire, aux très gros besoins de financement, et, d’autre part, les réseaux et les activités dans les énergies renouvelables, qui resteraient cotées en Bourse, selon un schéma détaillé à l’automne par l’agence Reuters.

Ce sont sans doute les allemands E.ON et RWE qui ont procédé aux réorganisations les plus radicales, non sans revirements après un premier schéma conçu en 2016. Ils ont annoncé l’année dernière une répartition de leurs actifs par métiers : à E.ON la production électrique, d’origine renouvelable ou non ; à RWE les réseaux, la distribution et les services.

Séparer les filières facilite leur financement et leur développement. Beaucoup d’argent, désormais, cherche à s’investir dans la transition énergétique, quand il est devenu très compliqué de trouver des partenaires et des fonds pour construire des EPR, comme EDF et son associé chinois CGN en ont fait l’expérience au Royaume-Uni. Assureurs, banques et fonds spécialisés en infrastructures ne jurent plus que par les énergies renouvelables !

Ainsi, Neoen, exploitant de parcs solaires et éoliens, a réussi son entrée en Bourse en octobre, au pire de la débâcle boursière. A côté des mastodontes Engie et EDF, la cote parisienne compte en effet une série d’acteurs spécialisés dans le renouvelable : Voltalia, Global Ecopower et Futuren, acquis par EDF en 2017.

Plus anciennement connu de nos lecteurs, Albioma développe des centrales solaires et, surtout, va convertir à la biomasse ses centrales thermiques de La Réunion et des Antilles, qui brûlent encore du charbon, quand la bagasse issue de la canne à sucre n’est pas disponible. N’oublions pas le tout petit Methanor, qui prend des tickets dans des centrales, comme le quasi- million d’euros investi dans le projet hydroélectrique d’Aqua Bella en Savoie.