Le bras de fer entre Bruxelles et Rome se poursuit

Non, le gouvernement italien ne cédera pas. Dans une lettre adressée à la Commission européenne, il a clamé son refus de se soumettre aux exigences de la Commission européenne et d’amender son projet de budget 2019. Le déficit sera donc de 2,4 %, et l’hypothèse de croissance de 1,5 % est maintenue, alors même que le Fonds monétaire international table sur une hausse du PIB de seulement 1 % pour l’an prochain.

Les marchés tremblent sans pour autant céder à la panique. « Les spreads entre les rendements d’Etat à 10 ans allemands et italiens continuent d’évoluer dans une fourchette de 300 points de base depuis début octobre », indique La Banque Postale AM. Il faut dire que, si l’enjeu est important, étant donné l’ampleur de la dette italienne, qui fait craindre une réplique bien plus importante de la crise de 2011, les prochaines étapes vont se dérouler très progressivement.

Dans un premier temps, si elle confirme le 21 novembre son rejet du budget italien, la Comsixmission devra élaborer un rapport évaluant l’opportunité de lancer ou non une procédure de déficit excessif. Après un vote à la majorité qualifiée, le conseil imposera alors un délai de trois à Comsix mois à l’Italie pour prendre des mesures correctives. Et tout cela avant même d’entendre parler de sanctions.

Et rien n’assure qu’un tel enchaînement ait lieu. Le Premier ministre italien ira la semaine prochaine plaider sa cause auprès du président de la Commission européenne, Jean- Claude Juncker. Ses arguments sont nombreux. Comme l’a souligné Claudio Borghi, qui a conduit le comité budgétaire à la chambre basse, une telle procédure « signifierait que les règles sont appliquées de façon discrétionnaire », la Commission n’intervenant pas pour des pays comme la France ou l’Espagne. A noter que l’Italie est entrée dans la zone euro avec une lourde dette, en 1999, qui était déjà supérieure à 105 % et a pu être réduite presque chaque année avant la crise de 2008. Enfin, le budget tant décrié aurait quand même prévu des coupes automatiques dans les dépenses si la croissance était plus faible qu’attendu.

Souhaitant ne pas entrer dans certains de ces débats et préserver la stabilité des marchés, Bruxelles pourrait choisir de composer avec le gouvernement italien. Une cure d’austérité serait ainsi épargnée à la troisième économie de la zone euro, déjà fragile. Reste que le budget présenté ne semble pas permettre de relever le niveau de croissance potentiel du pays. Autant de points qui seront âprement débattus dans les prochains jours.