La chasse aux chrétiens continue

Ils se faisaient petits, les chrétiens – majoritairement catholiques – du Sri Lanka. Représentant à peine plus de 7 % de la population, ils étaient souvent maltraités par une fraction d’extrémistes bouddhistes (1). Ils rasaient les murs. Cette fois-ci, ce ne sont ni des coups ni des intimidations qui les ont touchés, mais un massacre de masse : plus de 320 personnes ont péri. Les bombes portées par les terroristes islamistes ont soufflé trois églises le jour de Pâques, déchiquetant hommes, femmes et enfants venus prier. Les assassins ont également frappé des hôtels fréquentés par les touristes étrangers.

Souvenons-nous que le christianisme est la première religion du monde mais aussi la plus persécutée, selon une étude récente du Pew Research Center. D’après l’ONG Open Doors (connue pour avoir distribué des bibles dans les pays communistes pendant la guerre froide), onze chrétiens sont tués chaque jour en raison de leur foi. Une logique d’éradication prévaut même dans plusieurs pays du Moyen-Orient, où de nombreuses communautés ont disparu. L’abomination de ce dimanche pascal au Sri Lanka s’ajoute à une longue liste. A qui le tour ?

L’Etat islamique, qui a revendiqué la série d’attentats, vient de redonner signe de vie. Ou de mort, dans son cas. L’EI, dont la tête a été coupée en ce début d’année à Raqqa, continue donc sa sale guerre par d’autres moyens. Dans son livre « Sortir du chaos » (2), Gilles Kepel décrit la « capacité de ressort » de l’islamisme politique et raconte comment le djihadisme a déjà muté plusieurs fois après ses défaites en recherchant une « nouvelle forme d’expression ». Visiblement, les chrétiens sont encore une cible de choix. Tout en tuant majoritairement des musulmans, les sicaires du totalitarisme islamiste pensent sans doute s’acheter la faveur de leurs admirateurs en faisant couler le sang de chrétiens.

P-S : Malgré tout, une bonne nouvelle nous vient de l’Est, la victoire à l’élection présidentielle ukrainienne de Volodymyr Zelensky. Son programme est plutôt vague et nul ne sait comment il compte le mener à bien dans un pays déchiré par la guerre et vérolé par la corruption. Certains s’interrogent aussi sur ses relations et surtout sur son sérieux : c’était un comique célèbre. Mais Zelensky a ce mérite de vouloir relancer le processus de paix, dit « de Minsk ». Sans rien céder de la souveraineté ukrainienne sur le Donbass, mais en faisant un geste : l’abandon de la politique d’ukrainisation linguistique, qui humilie et exaspère depuis longtemps bien des russophones. Lors de la révolution Euromaïdan de 2014, la remise en question du statut de la langue russe dans treize régions avait nourri la révolte dans le Donbass et donné un motif – ou un prétexte – au Kremlin pour intervenir. Il fallait arrêter cette absurdité nationaliste et sectaire. Cela ne suffira peut-être pas à convaincre Moscou de relâcher son étreinte sur le Donbass, mais toute chance de mettre fin à ce conflit, qui a déjà fait plus de 10 000 morts, est à saisir.