ESSILORLUXOTTICA: Conflit de gouvernance paralysant

La prochaine assemblée générale d’EssilorLuxottica risque d’être très mouvementée. La précédente, qui s’était tenue le 29 novembre avec les représentants des deux groupes just married, s’était déroulée dans le calme. Le PDG, Leonardo Del Vecchio, qui détient 31 % du capital, s’enthousiasmait alors sur le fait que « la fusion permettra de bénéficier du meilleur des deux expériences, sans que l’une prenne le pas sur l’autre ». Quant au vice-président, Hubert Sagnières (ex-patron d’Essilor), il assurait qu’« il n’y aurait pas de prise de contrôle rampante de Delfin en raison d’une égalité de pouvoir entre ce dernier et luimême jusqu’en mai 2021 ». Il ajoutait en outre que « la recherche d’un nouveau DG serait initiée début 2019 ». Aujourd’hui, toutes ces belles phrases se sont envolées et la situation est bloquée. Le PDG italien considère que le pacte de fusion a été violé, notamment par la nomination de quatre managers, tous issus d’Essilor. Et le viceprésident français accuse celui-ci de vouloir prendre le contrôle d’EssilorLuxottica sans payer de prime aux actionnaires en nommant son dauphin, Francesco Milleri, comme DG.

En attendant, les synergies promises ne sont pas mises en oeuvre, ce qui cause un préjudice aux actionnaires, et le recrutement d’un nouveau DG n’a pas pu être abordé. Pourtant, les rémunérations, comparables, des deux PDG ont été copieusement augmentées en 2018. Celle d’Hubert Sagnières a progressé de 43 %, à 1,1 million d’euros, avec un bonus potentiel de 2,3 millions.

La société de gestion activiste Phitrust compte « se focaliser sur la responsabilité des administrateurs, qui n’ont pas attaché des conditions de performance strictes aux salaires, entraînant de gros manquements de gouvernance ». Il faudra aussi surveiller le point de vue des représentants des actionnaires salariés français (Valoptec est le deuxième actionnaire du groupe, avec 7 % des droits de vote), qui n’ont pas souhaité répondre à nos questions pour le moment.