Energies renouvelables et services, les deux grandes priorités

Feuille de route: L’énergéticien a présenté un nouveau plan à trois ans, qui doit compléter la mutation engagée en 2016. L’enjeu est de retrouver de la croissance dans le cadre de la transition énergétique.

Arrêtons-nous sur les derniers communiqués d’Engie : le 14 mars, le groupe a cédé ses 69 % dans Glow, en Thaïlande, pour 2,6 milliards d’euros, ramenant à 6 % la part du charbon dans sa production électrique. Au début de cette semaine, il a annoncé reprendre les 50 % qu’il ne détenait pas dans CBFM, une société de services énergétiques employant 2.000 salariés au Moyen-Orient, et s’associer au projet Phoenix de construction et d’exploitation de dix parcs solaires en Aragon. Ces opérations illustrent le virage pris par l’énergéticien afin de s’imposer en « leader de la transition énergétique » et de retrouver « une croissance rapide », comme l’a rappelé Isabelle Kocher, sa directrice générale, lors de la journée investisseurs du 28 février, destinée à présenter le nouveau plan à trois ans.

UN MARCHÉ TRANSFORMÉ
Le précédent, courant sur 2016- 2018, a déjà changé le profil d’Engie, confronté, comme ses concurrents, aux profondes mutations de la production électrique : chute des prix de marché (au plus bas en 2016-2017), surcapacités pour les centrales thermiques face à une moindre demande pendant les années de crise et à l’essor des énergies renouvelables. Ces dernières montent en puissance sous l’effet de la réglementation, de la chute des prix et de l’amélioration de la performance des équipements solaires et éoliens. Depuis la crise de la dette, de plus, tout excès en la matière est devenu suspect, surtout quand il faut investir dans de nouveaux métiers. Ce premier plan a recentré Engie sur ses activités les moins dépendantes des prix de marché et les moins émettrices de CO2, soit les réseaux et les infrastructures gazières, la production électrique d’origine renouvelable (aux deux tiers hydraulique) et les services énergétiques. A première vue, c’est un régime minceur draconien que l’énergéticien s’est infligé. Au maximum de sa taille en 2012, après le rachat du britannique International Power, Engie affichait un chiffre d’affaires de 97 milliards d’euros, un Ebitda (excédent brut d’exploitation) de 17 milliards, un bénéfice net récurrent de 3,8 milliards et une dette financière nette de 44 milliards. Pour 2018, le groupe a annoncé un chiffre d’affaires de 60 milliards, une marge d’Ebitda de 15,2 % (contre 17,5 % en 2012), un bénéfice net récurrent d’à peine 2,5 milliards, mais un endettement qui a fondu à 21 milliards.

De nouvelles normes comptables ont contribué à la contraction du chiffre d’affaires notamment (en 2014 avec la déconsolidation de la participation dans Suez et en 2018 avec la norme IFRS 15), mais le plan de transformation 2016-2018 s’est aussi traduit par 16,5 milliards de cessions. Outre des centrales thermiques (gaz et charbon), deux pans d’activités traditionnelles pour le gazier ont été vendus : l’exploration-production et l’amont de la filière GNL. Parallèlement, Engie a consenti 14,3 milliards par des « investissements de croissance », dont une multitude d’acquisitions dans les renouvelables et les services. Enfin, les réductions de coûts ont atteint 1,3 milliard sur trois ans. « Notre premier objectif était de renouer avec la croissance organique après une baisse de 9 % de l’Ebitda en 2015 », a rappelé Isabelle Kocher fin février. Il a progressé de 4,7 % en 2018, à données comparables, malgré l’indisponibilité des réacteurs nucléaires exploités en Belgique, qui a coûté 700 millions, et les taux de change, qui l’ont amputé de 400 millions. Les économies, des prix mieux orientés et le bond de 33 % de la production hydroélectrique française y ont contribué.

La feuille de route 2019-2021 repose sur une enveloppe d’investissements de croissance de 11 à 12 milliards, basée encore en partie sur « des acquisitions de petite envergure ». Les services, appelés désormais Solutions clients (outre le chauffage et la climatisation, le groupe gère même des services municipaux au Royaume-Uni et des espaces culturels, comme L’Atelier des Lumières à Paris), vont absorber de 4 à 5 milliards sur la période. L’enveloppe est prévue de 3 à 3,3 milliards pour les infrastructures. Engie, notamment, est candidat à la reprise des gazoducs de Petrobras au Brésil. De 2,3 à 2,8 milliards seront dévolus aux énergies renouvelables en vue d’ajouter 9 gigawatts (GW) de capacités aux 24,4 GW déjà installés dans le monde. L’énergéticien veut accélérer en particulier dans l’éolien en mer et le gaz vert, qui devrait représenter la totalité de son offre gazière en 2050. Le digital, enfin, est prévu à tous les étages, comme le gaz autrefois !

UN DIVIDENDE BALISÉ
Ces investissements seront partiellement financés par de nouvelles cessions d’actifs, pour 6 milliards, et réductions de coûts, pour 800 millions, l’objectif étant de contenir la dette nette à 20 milliards en 2021. Les investissements seront aussi concentrés sur vingt pays et trente métropoles pour les nouveaux marchés. De 2018 à 2021, le plan doit engendrer une augmentation moyenne annuelle de 3,5 % à 6 % de l’Ebitda et de 7 % à 9 % du bénéfice net récurrent, un rythme qui a toutefois déçu les investisseurs le 28 février. Engie, dont le dividende total a souvent dépassé ce résultat net hors exceptionnel, prévoit désormais un taux de distribution de 65 % à 75 %, ce qui lui impose d’augmenter suffisamment ses profits pour satisfaire des actionnaires habitués à un rendement généreux. Et, comme l’a précisé Isabelle Kocher, il ne faut pas compter sur une sortie de Suez pour encaisser du cash : « nous sommes satisfaits de nos 32 % dans Suez. Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble, notamment dans les Solutions clients. La dynamique va s’accélérer entre les deux groupes. »