COMMENT CONCURRENCER LE DOLLAR ?

L’euro, là aussi, est une idée française qui a mal tourné. A François Mitterrand, qui lui expliquait que l’euro allait permettre d’arrimer l’Allemagne réunifiée à l’Europe, Margaret Thatcher avait rétorqué : « Prenez garde que ce ne soit pas l’Europe qui s’arrime à l’Allemagne. » Propos prémonitoires ! L’euro s’est construit selon les principes de l’ordolibéralisme et avec la bénédiction de Washington. Les conditions de sa création ont donné aux Allemands un avantage non négligeable qu’ils ont su ensuite faire fructifier. Quant aux Américains, ils ont obtenu l’engagement tacite de leurs fidèles alliés du Benelux et de l’Allemagne que la monnaie européenne ne viendrait pas concurrencer le rôle prédominant du dollar. Mission accomplie !

Le dollar représente 63 % des réserves des banques centrales et la part de l’euro est tombée, en dix ans, de 27 à 20 %. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, se lamentait, à l’automne 2018, que l’Union européenne paie 80 % de ses importations d’énergie en dollars. Pour lui, « l’euro doit devenir un instrument actif de la nouvelle souveraineté européenne ». Mieux vaut tard que jamais ! Encore faut-il en convaincre les partenaires de la zone euro et les marchés financiers. Pour recouvrer une véritable souveraineté monétaire et offrir une alternative au dollar, l’Europe doit garantir aux investisseurs et emprunteurs qu’ils peuvent à tout moment récupérer leur argent. Elle doit aussi engager une négociation avec ses grands partenaires commerciaux, hors Etats-Unis, pour libeller une part croissante de son commerce en euros. Avec la Chine, on peut proposer des accords de swaps, comme avec le Japon, la Russie, voire l’Angleterre après le Brexit. Il faut aussi exiger de payer le gaz et le pétrole en euros. Enfin, il faut assurer une liquidité abondante. C’est la force de l’Amérique. Plus elle s’endette, plus elle imprime des dollars, plus elle domine le marché mondial des obligations et devient le prêteur en dernier ressort. Pour imposer l’euro, l’Europe doit faire de même. Offrir de la liquidité et accepter la création monétaire.

Seul petit problème : cela va à l’encontre du credo des Allemands et de leur aversion pour la dette. Saura-t-on les convaincre d’être pragmatiques et d’infléchir leur dogme ?