UNE BOMBE ETHNIQUE À RETARDEMENT

Les conflits intercommunautaires, qui se multiplient, sont une menace à prendre très au sérieux. Pour cet éditorialiste burkinabé, les autorités doivent agir, sous peine de voir éclater la cohésion sociale.

Au Mali, la multiplication des conflits intercommunautaires a de quoi inquiéter plus d’un. C’est le moins que l’on puisse dire après le massacre de plus de 160 Peuls dans le village d’Ogassogou, dans le centre du pays, le 23 mars. Début janvier, des heurts meurtriers avaient déjà opposé deux communautés, les Dogons et les Peuls [faisant 37 morts]. De quoi donner davantage de soucis aux autorités maliennes, déjà en guerre ouverte [depuis 2012] contre une bande terroriste djihadiste qui se révèle plutôt coriace sur le terrain et qui donne aussi du fil à retordre à la coalition de forces internationales en présence. C’est dire si le Mali n’a pas besoin de ces conflits intercommunautaires, véritable guerre dans la guerre, autrement plus difficile à maîtriser par des autorités centrales qui ne sauraient raisonnablement prendre parti pour un camp contre un autre. De même, ni la force française anti – terroriste Barkhane ni la force des Nations unies (Minusma) ne sauraient gérer une telle situation, car ce n’est pas le genre de conflit qui se règle au bazooka.

Économie fragile. C’est donc un autre gros défi pour le Mali, loin d’être sorti de l’auberge. La récurrence de ces conflits communautaires constitue une bombe ethnique à retardement. Elle pourrait non seulement exploser à tout moment entre les mains des autorités maliennes, mais surtout mettre à mal l’union sacrée pour faire face à l’ennemi commun que sont les djihadistes. C’est pourquoi il est impératif, pour l’État, de trouver la formule pour faire baisser la tension et amener les différents protagonistes à fumer durablement le calumet de la paix. Cela est d’autant plus nécessaire que, les amalgames aidant, certaines communautés peuvent se retrouver victimes du délit de faciès. Ainsi, l’appel lancé à la communauté peule à rejoindre le djihad par le terroriste Amadou Koufa [l’un des chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaida] n’est pas pour arranger les choses pour le peuple peul. Ce dernier se retrouve dans le collimateur d’autres communautés [comme celle des Dogons, qui ont formé des milices d’autodéfense et qui sont aujourd’hui accusés de représailles et d’exactions contre les Peuls]. Quoi qu’il en soit, nul ne saurait contester l’impact négatif de ce problème sur la cohésion sociale malienne, déjà minée par la dégradation continue de la situation sécuritaire à cause des insurgés islamistes qui écument les parties septentrionale et centrale du pays. Tout cela vient s’ajouter à la fragilité d’un tissu économique déjà fort abîmé, qui pèse aussi sur d’autres secteurs d’activité comme l’éducation – les enseignants désertent les classes par crainte des attaques. Tant que les conflits intercommunautaires qui gangrènent aujourd’hui le Mali ne seront pas convenablement résolus, il serait utopique de penser pouvoir arriver un jour à une paix durable. Un objectif après lequel le président Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK) court depuis sa prise de fonction [en 2013], et qui use nombre de ses babouches. Il est temps pour le gouvernement malien de prendre ses responsabilités. Il doit aller au-delà des trémolos et sanglots crocodiliens habituels.