Le Royaume-Uni pourrait obtenir un nouveau délai de grâce

La date de séparation, déjà décalée au 12 avril, pourrait être repoussée au 30 juin prochain. Le Conseil européen se prononcera mercredi. Son président proposera un « délai glissant » de douze mois.

Coup de théâtre. Alors que le compteur tourne, que la date du 12 avril se rapproche et que les tergiversations britanniques semblent sans fin, le cabinet de la Première ministre britannique, Theresa May, a fait savoir vendredi que Londres demandait un nouveau délai avant de faire le grand saut hors de l’Union européenne. Les parlementaires britanniques ont voté en faveur d’une telle demande. Le Royaume- Uni demande ainsi que l’application du fameux article 50 soit repoussée jusqu’au 30 juin 2019. Les vingt-sept Etats de l’Union européenne devront donner leur accord lors d’un sommet exceptionnel qui se tient mercredi 10 avril, à la veille de l’expiration du délai de grâce accordé fin mars.

CONSEIL EXTRAORDINAIRE
Le feu vert européen n’est pas acquis pour autant. Certes, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a l’intention de proposer un « délai glissant » de douze mois. Le Royaume-Uni quitterait alors l’Union européenne dès que l’accord de retrait négocié serait validé, mais certains gouvernements commencent à se durcir.

Theresa May aura peut-être, ce mercredi 10, des propositions plus concrètes à apporter aux chefs d’Etat et de gouvernement que la simple demande de nouveau report du Brexit. Elle a, en effet, engagé mercredi des discussions avec le leader de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn. Objectif : trouver un terrain d’entente sur une séparation avec l’Union européenne qui serait acceptable par les deux partis (conservateur et travailliste), qui dégagerait une majorité au Parlement britannique et qui serait aussi de nature à recueillir un accord de l’Union européenne. Ce projet serait donc une alternative au soft Brexit (négocié avec l’Europe) et au no deal Brexit, qui sera inéluctable si aucun accord ne se concrétise d’ici au 12 avril, ou au 30 juin si ce délai est reporté. Ce scénario reste hypothétique car les déçus seront nombreux dans les deux camps. Les conservateurs hard Brexiters ne veulent pas d’une séparation soft et le soutien à un Brexit, quelle qu’en soit la forme, ne satisfait pas tout le monde dans l’autre camp. Un grand nombre de travaillistes souhaiteraient, en outre, un second référendum. Une hypothèse qui reste, elle aussi, toujours envisageable.Au-delà de ces aspects politiques, les visions divergent aussi profondément sur le plan commercial. Les conservateurs ne veulent pas d’union douanière et les travaillistes exigent un accès au marché unique, comme la Suisse ou la Norvège.

INCERTITUDE
Le 12 avril ou le 30 juin doivent donc être considérés comme les dates vraisemblables d’une sortie brutale du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cela serait un choc, mais l’Europe se prépare à une telle éventualité depuis 2017. Les deux zones imposeraient alors des tarifs douaniers. Le Royaume- Uni serait pénalisé car ceux pratiqués par l’Europe seraient, pour 90 % des biens et des services, supérieurs aux taxes britanniques. Des contrôles aux frontières seraient inévitables, de la part des douanes mais aussi des services vétérinaires. D’où la difficulté irlandaise.

Quelle que soit la future relation avec le Royaume-Uni, l’Europe veut que les accords dits « du Vendredi saint » – qui ont signé la paix en Irlande du Nord – soient respectés. Il faudra donc éviter une frontière entre l’Irlande (Union européenne) et l’Irlande du Nord (Royaume- Uni), même dans le cas d’un hard Brexit. Il est vrai que le conflit terroriste a été le plus meurtrier en Europe (plus de 3.000 morts entre 1969 et 1998). Pour reprendre des négociations avec l’Union, Londres devra accepter, outre le règlement irlandais, deux priorités européennes. Le règlement financier de la sortie de l’UE devra être versé. Londres aura, en effet, une dette pour les engagements pris envers l’Europe qui ne seront pas tenus (40 à 45 milliards d’euros). Un no deal ne le rendrait pas caduc. La protection des citoyens devra être garantie, des Britanniques dans l’Union mais aussi celle des Européens outre-Manche. Alors, seulement, les négociations pourront reprendre.