Le dividende, une composante essentielle

Depuis la création du Cac 40 fin 1987, 62 % de la performance des actions provient des dividendes et seulement 38 % des plus-values. La stagnation de l’indice depuis vingt ans n’a pas empêché les portefeuilles de croître.

Le seuil des 5.500 points semble être un plafond de verre. A de nombreuses reprises dans l’histoire boursière, le Cac 40 a essayé de le franchir durablement. Nous en sommes à exactement 38 tentatives. C’est énorme. Il est même arrivé 14 fois que l’indice ne parvienne à rester au-dessus de ce seuil symbolique qu’une seule séance. Parfois une dizaine de séances, pas plus. Deux fois tout de même, le Cac 40 a tenu plus de cent jours de Bourse au-dessus de ces 5.500 points avec un record de 293 séances entre le 7 janvier 2000 et le 20 février 2001.

Depuis le début de l’année, la Bourse tente un nouvel essai. L’élan est impressionnant puisque les actions ont monté quasiment en ligne droite depuis le 27 décembre dernier, et un point bas à 4.555,99 points en séance. L’abandon du durcissement, pourtant graduel, de la politique monétaire de la Fed a enclenché le rebond. Un accord commercial imminent entre la Chine et les Etats-Unis a ensuite entretenu la flamme. Les investisseurs ont l’espoir que cela ramène, au moins temporairement, la confiance dans le monde des affaires et permettre au Cac 40 d’aller plus haut. Pourquoi pas en direction des fameux 6.000 points ? Mais nous n’en sommes pas encore là. Les signes d’un ralentissement économique se multiplient, notamment en Europe. L’indice parisien, même revenu à 5.500 points, semble donc faire du surplace depuis près de vingt ans, puisqu’il était déjà à ce niveau en décembre 2017, en décembre 2007 et en décembre 1999 ! En effet, la première tentative au-dessus des 5.500 points remonte au siècle dernier.

Tous les jours, les grands médias se focalisent sur le niveau du Cac 40 calculé par Euronext. Or cet indice ne reflète pas du tout la vraie évolution des actions et encore moins le comportement du portefeuille des actionnaires. Ces derniers perçoivent des dividendes alors que l’indice en est amputé. En intégrant le dividende, comme le fait le Dax allemand, le Cac 40 vaudrait 14.430 points et non pas 5.468 points. L’indice dividendes réinvestis aurait franchi les 5.500 points pour la première fois, non pas en décembre 1999, mais environ un an et demi plus tôt, en mai 1998. Autrement dit, les dividendes ont généré 62 % de la performance de l’indice depuis sa création, contre seulement 38 % pour la plus-value. Or tout le monde se focalise sur le second aspect et en oublie donc le premier, le principal. Réhabilitons donc le dividende et mettons-le à sa juste place, la première. Certains l’ignorent par manque de connaissances financières et d’autres, par peur d’un retour de bâton. A chaque une d’Investir, nous recevons du courrier de lecteurs nous demandant de ne pas trop en parler, redoutant que cela donne de mauvaises idées aux politiques à la recherche de nouvelles recettes fiscales. Pourtant, personne ne s’offusque que l’assurancevie verse un rendement ou que les banques demandent des intérêts sur les prêts. Il faut toutefois reconnaître que la fiscalité est devenue plus clémente sous l’ère d’Emmanuel Macron. Hors plan d’épargne en actions, les dividendes sont imposés à 30 % désormais. Dans un PEA de plus de cinq ans, l’imposition tombe à 17,2 %. Chaque semaine depuis la fin 2003, nous vous présentons d’ailleurs dans le journal une sélection de valeurs favorites appelées Investir 10 Rendement. Il s’avère que les performances sont au rendez-vous. La sélection affiche un gain de 11,1 % par an, en moyenne, malgré les crises, notamment la faillite de Lehman Brothers, en 2008, et les craintes sur les dettes souveraines dans la zone euro en 2011. Le dividende, ce n’est pas de la spéculation. Il est là pour fidéliser l’actionnaire sur le long terme. Les entreprises, en effet, ont cruellement besoin de détenteurs de titres fidèles puisque les banques et les assureurs, pour des raisons de réglementation, ne peuvent plus tenir ce rôle. Tout le monde y gagne.