Les retraites crispent la majorité

Le ton monte entre le gouvernement et les parlementaires de la République en marche qui refusent que l’on touche à l’âge légal de départ à la retraite.

TOUT DEVAIT RENTRER dans l’ordre. Pas question de toucher à l’âge légal du départ à la retraite à 62 ans. C’est en tout cas la petite musique qu’a fait entendre Gilles Le Gendre, le président du groupe la République en marche (LREM) à l’assemblée, mercredi. Histoire de mettre un terme à l’imbroglio déclenché il y a trois semaines par les déclarations du Premier ministre Edouard Philippe, puis d’agnès Buzyn (Santé) ou encore de Gérald Darmanin (Comptes publics) sur un éventuel recul de l’âge de départ à la retraite. « L’âge pivot de 62 ans ne bougera pas, considérons la polémique refermée », a donc asséné le député de Paris. Même son de cloche du côté de Stanislas Guérini, le délégué général de LREM.

Sauf que ces propos très définitifs, n’ont clairement pas été du goût de Matignon. « Edouard Philippe est furieux. Le Gendre ne tient plus rien dans son groupe. Il la joue comme ça parce qu’il flippe comme un malade pour sa réélection, il essaie de fédérer les parlementaires, en particulier l’aile gauche de la majorité », rapporte un proche du Premier ministre. De quoi souligner en tout cas les frictions, pour ne pas dire les fractures, qui traversent la majorité et le gouvernement sur la très explosive question des retraites, véritable révélateur des clivages entre les uns et les autres. « La question de l’allongement, c’est une vieille lune de la droite », s’agace un parlementaire LREM.

DELEVOYE CONTRE « LES CONS DE MATIGNON »
Corinne Vignon, députée de Haute-garonne, avait carrément décidé de publier une tribune dans nos colonnes dimanche dernier pour rappeler son attachement au maintien de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans, et bien évidemment à la réforme promise par Emmanuel Macron et pilotée par Jean-paul Delevoye. En moins de deux heures, 35 députés ont signé ce texte qui attaquait frontalement « la technocratie ». « A l’origine, je parlais de Bercy, mais ça a fait peur », nous confie la parlementaire. A la place, les signataires ont donc préféré brocarder la technocratie « qui parle d’euros. Nous, députés, parlons d’humains ».

Une tribune débranchée, selon nos informations, à la demande de Gilles Le Gendre au nom « de l’unité du groupe LREM ». Un Le Gendre, qui, avant de se transformer en fervent défenseur du maintien de l’âge légal mercredi, était visiblement beaucoup plus modéré mardi lors de la réunion du groupe : « Il nous a dit : chacun peut penser ce qu’il veut. A la fin, on verra si on est pour ou si on est contre », rapporte, ironique, un participant.

Bercy — et ses ministres de droite — tout comme Matignon sont en tout cas clairement dans le viseur de ces parlementaires. Et même de Jeanpaul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites qui, selon « le Canard enchaîné », se serait emporté contre « les cons de Matignon ».

RECULER L’ÂGE LÉGAL POUR FINANCER LA DÉPENDANCE
Reste que malgré cette bronca, à Bercy, comme rue de Varenne, on ne lâche rien. Gérald Darmanin et Bruno Le Maire sont montés hier matin au créneau pour rappeler que « tout restait sur la table ». « La question de l’âge ne se pose pas dans le cadre de la réforme des retraites. Mais un élément nouveau est apparu : comment financer la dépendance ? Et là, la question de l’allongement se pose », renchérit un lieutenant d’edouard Philippe.

Matignon assure d’ailleurs être « aligné » sur la position d’emmanuel Macron. Le président qui, pendant sa campagne, s’était engagé à ne pas toucher à l’âge légal, s’est, pour la première fois, mêlé du débat, mercredi en Bretagne : « On part aujourd’hui à la retraite à peu près au même âge qu’en 1980 », période où la durée de vie était moins longue. Une précision qui, dans ce contexte, prend tout son relief.