Je voudrais dire à Macron que je suis désolé

Vous révélez que le président a été informé le soir même par un SMS de Benalla.

Ce n’est pas la version officielle. L’Elysée a menti ?
V.C. Je ne tirerai pas de conclusion hâtive. C’est peut-être Alexandre qui m’a menti. Il m’a dit le lendemain : « Le président est au courant, il est furieux. »

Ça a flotté au sommet de l’Etat ?
J’ai l’impression que tous savaient et qu’ils se sont refilés la patate chaude. S’il y avait eu une sanction directe, ferme, définitive, il n’y aurait pas eu d’affaire. Ils ont pataugé dans la semoule.

« Le Monde » a révélé ces jours-ci que l’Elysée aurait fait diffuser un montage vidéo trompeur pour « charger » les manifestants…
C’est une connerie, là franchement… Il n’y avait pas besoin.

Vous avez le sentiment que la macronie vous a méprisé ?
Ils m’ont lâché, mais je le comprends. Ils n’allaient pas sauver le soldat Crase ! Dans le monde politique, il y a beaucoup de faux-fuyants et d’hypocrites. Comme Gérard Collomb qui dit : « Je ne connais pas Benalla » ! Le 1er Mai, dans la salle de commandement de la préfecture de police, ils se sont salués.

Vous dressez un portrait féroce d’En Marche !…
Pendant la campagne, c’était une machine à gagner. Après, c’était du grand n’importe quoi. Ça ressemblait plus à une startup ou une entreprise qui vend des logiciels qu’à un parti politique, avec baby-foot et distributeur de boissons bio. A la com, ils avaient des sacs de Lego ! Ils sont tous dans la quatrième dimension, pas dans le réel.

Le président est-il bien entouré ?
J’ai l’impression qu’il est de plus en plus seul. Ça manque de poids lourds, de vieux renards de la politique. Quand je vois que Sibeth NDiaye est porte-parole du gouvernement, je l’aime beaucoup, mais il va y avoir des clashs avec les journalistes !

Macron est jugé arrogant, cassant. C’est l’image que vous en avez ?
Je le défendrai toujours. Il est hyper talentueux, en avance sur son temps, ou alors ce sont les Français qui sont en retard. La déconnexion vient de là.

Si vous pouviez lui parler, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais que je suis désolé de cette histoire complètement folle, qui lui a fait du tort. Et qu’en même temps, je n’y suis pour pas grand-chose. OCTOBRE 2016. Vincent Crase commence à épauler Alexandre Benalla sur la sécurité du candidat Macron. JUILLET 2017. Embauché par la République en marche (LREM) pour assurer la sécurité du siège du parti. SEPTEMBRE 2017. Engagé par l’Elysée comme chef d’escadron réserviste de la gendarmerie.
1er MAI 2018. Filmé place de la Contrescarpe avec Benalla. Ils sont soupçonnés d’avoir molesté des manifestants.
4 MAI 2018. Mis à pied de LREM ; à l’Elysée, son poste est supprimé.
6 JUIN 2018. Sa société souscrit un contrat avec l’oligarque russe Makhmudov.
18 JUILLET 2018.
« Le Monde » révèle l’affaire Benalla.
22 JUILLET 2018.
Mis en examen pour violences en réunion pour les faits du 1er mai.
31 JUILLET 2018.
Licencié de LREM.
19 SEPTEMBRE 2018
ET 21 JANVIER 2019. Auditionné sous serment au Sénat.
19 FÉVRIER 2019.
Placé en détention provisoire avec Alexandre Benalla, libéré au bout de dix jours.