La métropole de Rennes s’enorgueillit du plus faible taux de décrocheurs

Comment expliquez-vous les résultats encourageants de la métropole de Rennes par rapport à ses semblables ?
Henri-Noël Ruiz : Après le Grand Nancy, Rennes Métropole est la métropole qui proportionnellement compte le plus de jeunes : 25,5 % des habitants sont âgés de moins de 30 ans, contre 21,6 % en France (hors Paris). Parmi eux, l’Audiar, l’agence d’urbanisme de l’agglomération rennaise, en collaboration avec l’Insee, avait, dès 2013, dénombré 11 650 jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en stage, les Neet, à la recherche de leur premier job ou découragés par l’évolution du marché du travail. Soixante pour cent de ces décrocheurs habitent les quartiers de la politique de la ville. Le territoire a redoublé d’efforts pour leur permettre de se loger, de se déplacer, de participer à la vie culturelle et de se former à un coût très abordable.

Rennes étant une ville étudiante, ne disposiez-vous pas d’atouts évidents ?
Grâce à un réseau dense d’établissements d’enseignement, d’universités, 74 % des jeunes de la métropole atteignent un niveau bac et 44,7 % d’entre eux suivent des études supérieures – soit 3 points de plus que dans des métropoles comme Bordeaux. Cet investissement des jeunes dans leur avenir est décisif puisque, a contrario, deux tiers des Neet ont un bas niveau de diplôme.

Notre deuxième atout, c’est la capacité de résilience du tissu économique. Au Havre, à Roubaix, où je travaillais précédemment, il y a trois décennies, il y avait de nombreux emplois industriels correctement rémunérés ne nécessitant pas de qualifications élevées. Cela n’incitait guère les enfants d’ouvriers et d’employés à poursuivre des études. Las, lorsque ces usines et ces postes ont disparu, le désintérêt à l’égard des études a perduré. Cela explique, pour une part, leurs taux de Neet toujours élevés. Dans l’agglomération rennaise, nous avons connu des restructurations dans l’électronique et l’automobile, mais des PME dynamiques, des sociétés de services, continuent à embaucher des jeunes. Et des secteurs s’ouvrent à ceux qui ont lâché tôt leurs études, en leur proposant des jobs peu qualifiés. Mais ces atouts ne tombent pas du ciel. Le territoire les a cultivés !

Quels leviers avez-vous actionnés pour ramener à 11 % la part des chômeurs parmi vos jeunes ?
Depuis qu’ Edmond Hervé, alors maire de Rennes, a engagé les premières politiques de l’habitat, en 1983, les élus de l’agglomération ont eu à coeur de produire en nombre des logements accessibles aux ménages modestes ou précaires. Ainsi, 40 % des habitations neuves sont fléchés vers ces populations et les moins de 30 ans se voient attribuer plus du tiers des logements sociaux. Résultat : ces familles, qui ne consument pas leur budget dans un loyer, sont moins fragiles. Les jeunes qui accèdent facilement à un studio ou à une colocation étudient plus sereinement, échouent moins à l’université. In fine, ils obtiennent plus rapidement un job à leur pointure ! Lorsqu’ils peuvent en outre se déplacer, participer à la vie culturelle de la métropole aisément avec des tarifs adaptés, ils tissent leur réseau social. Cela ne veut pas dire que la tâche des missions d’insertion locale est aisée. Mais ici l’emploi a, lui aussi, été minutieusement cultivé, diversifié, au travers notamment de l’investissement public dans les grands projets métropolitains. Tous les contrats portés par la métropole et la ville de Rennes comprennent des clauses qui privilégient l’insertion des Neet et l’intervention des entreprises locales.

En somme, les bons résultats de Rennes s’expliquent par la politique de la ville ?
Oui, et cette politique de construction est d’autant plus nécessaire que la métropole gagne plus de 5 850 habitants par an depuis 2011. Car une pression accentuée sur le marché immobilier comporte des risques d’exclusion des ménages modestes, et donc des jeunes.