La RSE ou la mise sous allaitement du monde

Avec la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), et maintenant le PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) voulu par le gouvernement Philippe et son ministre de l’économie Bruno Le Maire, c’est Orwell près de chez nous.

Notre monde, où l’argent est roi, sait suffisamment cultiver le remords pour produire une petite politique sociale et une surenchère de discours. Ainsi est née la « responsabilité sociale ou sociétale des entreprises » (RSE), ainsi naît le projet de loi Pacte. Le cynisme capitaliste met des habits neufs pour organiser l’allaitement du peuple, garantir la paix sociale et pérenniser le système.

Un Pacte avec le capitalisme
Le Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises (PACTE) voulu par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, ambitionne de conduire les entreprises à tenir compte des besoins d’un territoire, un projet de co-développement près de chez vous en quelque sorte. La loi a été votée en première lecture à l’Assemblée Nationale le 9 octobre, elle est débatue au Sénat depuis le 30 janvier. Elle comprend la modification des articles 1833 et 1835 du Code civil. Un alinéa prévoyant qu’une entreprise devra prendre en considération « les enjeux sociaux et environnementaux de son activité » sera ajouté.

À l’origine de cete loi, nous trouvons les théories sur la RSE, impliquant que les intérêts de toutes les parties prenantes internes ou externes doivent être intégrés dans la stratégie de l’entreprise. Certains grands groupes ont enfin pris conscience que la financiarisation de l’économie allait aboutir à une mort programmée de toute économie sur un territoire donné. Ainsi la tête de gondole du management scrupuleux, Jean-Dominique Sénard (P.-D.G. de Michelin), déclara-t-il cet été : « Le capitalisme responsable est une question de survie ». Ainsi, se développe dans les grands groupes l’engagement salarié : l’employeur donne du temps à son salarié qui s’investit dans l’économie sociale et solidaire. En échange, l’entreprise gagne des points de réputation. Une étude Deloitte pour le forum économique mondial rapporte que la réputation impacte à hauteur de 25 % la valeur immatérielle des entreprises. Voilà bien une façon de monétiser et donc de spéculer sur ce qui par nature échappait à l’évaluation. Une économie se crée ainsi et le business de la charité permet de faire de belles carrières.

La domestication du peuple
Cete loi pacte fait immédiatement penser à l’analyse de Natacha Polony dans Bienvenue dans le pire des mondes. En 1995, à San Francisco, le think tank du State of the World Forum réunit les « élites planétaires » – Bush, hatcher, Gorbatchev, Gates, Turner… – pour trouver des solutions aux défis globaux. Il en ressort une vision des 80/20 et le concept de titytainment : seuls 20 % de la population participeront à la création de richesses et 80 % devront accepter le divertissement permanent (entertainment) et les titts (seins, c’est-à-dire l’allaitement). Parce qu’ils n’étaient pas « coeur de métier », ceux qui avaient souvent leur métier à coeur se sont retrouvés hors des grands groupes, puis parfois hors de l’économie. Ainsi la financiarisation des entreprises n’a produit que destructions d’emplois par les externalisations, les délocalisations, la précarisation des emplois à chaque nouvel appel d’offres de sous-traitance, l’ubérisation avec le renvoi de la charge de s’employer à l’individu lui-même.

Le capitalisme copie le communisme. On passe de « donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure », à « donne-moi ton emploi, je te ferai l’aumône. » La RSE serait donc une façon de dire merci à ceux qui engendrent la misère. On nous a enseigné à l’école la perte de souveraineté des paysans devenant ouvriers, non-propriétaires de leur outil de travail. Désormais, on connaît la perte du mérite. Plus personne ne méritera son traitement, son allaitement. Avec la RSE, le peuple exclu de l’économie aura remisé son gilet jaune et sera domestiqué dans une paix de consommateurs garante de la survie du système capitaliste.