Besançon

il y a tout juste dix ans, la capitale comtoise rejoignait le patrimoine mondial de l’Unesco pour son ensemble fortifié par Vauban au xviie siècle. De la monumentale citadelle perchée en passant par les rives du Doubs et le quartier Battant, le génial ingénieur militaire de Louis XIV a laissé, plus que quiconque, son empreinte dans la ville, enserrée dans un méandre du Doubs. Découverte d’une des oeuvres les plus magistrales et les plus abouties de Vauban.

Une boucle formée par un méandre du Doubs fermé par une colline. Depuis la nuit des temps, Besançon, par sa situation géographique stratégique est une place forte convoitée. Jules César, qui conquit l’oppidum au peuple gaulois des Séquanes, vantait déjà sa « position naturelle (qui) la défendait de manière à en faire un point très avantageux pour soutenir la guerre ». Mais s’il est un illustre personnage qui va imprimer son empreinte à Besançon, c’est bien Sébastien Le Prestre Vauban (1633-1707). Le célèbre ingénieur architecte militaire du Roi-Soleil va modeler une capitale franc-comtoise à nulle autre pareille. Rappel des faits. En 1668, les troupes françaises prennent Besançon à la couronne d’Espagne. Sitôt la cité conquise, Louis XIV ordonne l’édification d’une citadelle sur le mont Saint-Étienne qui domine la ville. Vauban, désigné pour les plans, se rend sur place pour étudier et fortifier les lieux, mais le traité d’Aix-la-Chapelle rend vite la Franche-Comté à l’Espagne.

l’insectarium dans l’ancien arsenal de la citadelle est l’un des plus complets d’Europe et regroupe une très grande variété d’espèces.
l’insectarium dans l’ancien arsenal de la citadelle est l’un des plus complets d’Europe et regroupe une très grande variété d’espèces.

 

le pont royal.
le pont royal.

 

le bâtiment de l’entrée de la citadelle.
le bâtiment de l’entrée de la citadelle.

UN CHANTIER DE VINGT ANS

il faut attendre l’année 1674 pour qu’au terme d’un siège héroïque, Louis XIV et ses troupes prennent définitivement Besançon qui doit devenir une forteresse avancée face aux pays germaniques. Vauban assure dans une lettre en 1675 : « Si vous voulez conserver la Comté, hâtez-vous de fortifier la ville […] après quoi vous aurez la meilleure place d’Europe ». Un immense chantier militaire, qui dure une vingtaine d’années, est engagé. Les dépenses sont si considérables que Louis XIV aurait lancé : « Mais comment, Vauban, vos murailles de Besançon,ce n’est pas avec de la pierre que vous les édifiez, mais avec de l’or ! » Le résultat impressionne aujourd’hui encore lorsque l’on arrive dans la ville, dominée par la silhouette de sa puissante et intimidante citadelle – volontairement invisible de loin.

La place de la Révolution, rebaptisée ainsi en 1904 en référence à la révolution de 1830, est située dans le quartier de la Boucle, centre historique de Besançon.
La place de la Révolution, rebaptisée ainsi en 1904 en référence à la révolution de 1830, est située dans le quartier de la Boucle, centre historique de Besançon.

PROTÉGÉE DEDANS COMME DEHORS

Pour s’en rendre compte, le mieux est, depuis le centre et la cathédrale Saint-Jean, de crapahuter au sommet de la forteresse, qui domine de plus de 100 mètres tout Besançon et offre depuis ses remparts des vues vertigineuses. Vauban a doté la citadelle de nombreux bâtiments : casernements, magasins, arsenal, puits, chapelle Saint-Étienne pour les soldats en garnison. Une véritable ville dans la ville avec ses quelque 11 hectares et ses trois fronts bastionnés reliés par des murailles à flancs de falaise, équipées de chemins de ronde et de corps de garde en forme de guérites. L’oeuvre de Vauban ne se résume pas à sa seule citadelle. « L’ingénieur, qui a dirigé le siège de 1674, connaît tous les points faibles de Besançon. il exploite donc au mieux les caractéristiques de défense naturelle que présente le site et sait s’adapter à la topographie complexe du terrain », explique Émilie Thivet, directrice du patrimoine de la ville. il suffit de longer à pied les rives du Doubs ou d’emprunter l’un des bateaux qui effectuent des promenades à fleur d’eau pour vérifier que Vauban a aussi fortifié l’enceinte de la boucle – où se trouve le coeur de la ville – pour la protéger des éventuelles attaques venues des hauteurs. « Sa force, c’est qu’il va s’appuyer sur des fortifications médiévales précédentes, les améliorer comme la porte Rivotte ou la tour Notre- Dame, mais aussi qu’il va inventer, ici à Besançon dans les années 1680 pour la première fois, les tours bastionnées », insiste Émilie Thivet. Tour des Cordeliers, tour de Chamars, tour de Rivotte… Moins grandes que les bastions, les six nouvelles tours bastionnées, généralement pentagonales, possèdent des voûtes épaisses et deux étages de feux : le supérieur à ciel ouvert et l’inférieur pour mettre les canons à l’abri des tirs plongeant des hauteurs avoisinantes. Pour protéger ses soldats, Vauban réalise ces ouvrages en brique « car les éclats de ce matériau provoqués par les boulets étaient moins dangereux que les éclats de pierre ».

dans le quartier Battant, rive droite, l’église de la Madeleine (xviiie siècle), quai Veil-Picard.
dans le quartier Battant, rive droite, l’église de la Madeleine (xviiie siècle), quai Veil-Picard.

 

la fontaine de la place Jean- Cornet, gravée de la devise de Besançon : Utinam (plût à Dieu).
la fontaine de la place Jean- Cornet, gravée de la devise de Besançon : Utinam (plût à Dieu).

GRIFFON, L’AUTRE CITADELLE

Pour voir à quel point Vauban a modelé la ville, il faut également passer le pont qui enjambe le Doubs pour rejoindre, rive droite, le quartier Battant. Sous la direction de l’ingénieur, ce faubourg populaire a également été fortifié, avec bastions, courtines et demi-lunes. Au sommet, fait méconnu, trône ainsi une autre citadelle, le fort Griffon, qui répond à la citadelle principale. Un fort conçu à la fois pour tirer sur les ennemis venus de l’extérieur… mais aussi sur la ville en cas de rébellion des habitants ! « Lui seul avec une garnison de 200 hommes contiendra mieux le peuple que ne pourraient le faire 1200 logés dans les casernes ordinaires », notait d’ailleurs Vauban. Jamais la place forte de Besançon ne fut conquise. Mais la sombre histoire de sa citadelle – elle fut tour à tour prison d’État, puis durant la Seconde Guerre mondiale un lieu d’exécution de résistants – fit que les Bisontins lui tournèrent longtemps le dos, puis elle fut rachetée à l’armée par la ville en 1959. Les habitants, qui viennent volontiers se promener ou pique-niquer sur ses glacis verdoyants, se sont aujourd’hui réconciliés avec leur réseau de fortifications, inscrit à l’Unesco en 2008, et qui apparaît comme une magistrale synthèse de l’oeuvre du génie militaire de Vauban.