Je suis une passionnée

Ah qu’il est bon de tomber follement amoureuse ! Comme la vie nous semble soudain plus rose et plus légère ! Et pourtant si certaines d’entre nous arrivent à transformer cet élan en un attachement profond et durable, d’autres semblent enchaîner les passions avec une appljeation qui les mène pourtant droit à la souffrance. Radioseopie de ces femmes qui aiment trop.

C’est toujours la même chose. se plaint Amandine. 26 ans. Au début je vis une période incroyable avec mon amoureux. le monde pourrait s’écrouler que je le remarquerais à peine. Et pourtant au bout d’un an. quand les choses s’installent je suis de nouveau attirée vers des ailleurs plus prometteurs de sensations fortes, même si c’est souvent douloureux. » Pas de défi. pas de feux d’artifice. pour Amandine. équilibre rime avec ennui. Elle avoue pourtant « se lasser de cette quête sans fin. incompatible avec la vie de famille » à laquelle elle aspire.

Accro aux hormones du bonheur
Comme nous tous. Amandine. lorsqu’elle tombe amoureuse. est sous le joug de ses hormones. Un joug tout à fait agréable néanmoins, dont les rouages subtils sont pour beaucoup dans cet état d’exaltation fulgurante qu’est la passion. « Tempête chimique » pour le sexologue André Corman. embrasement des circuits de plaisir et de récompense » pour le psychiatre Michel Reynaud. le vocabulaire est à la hauteur de ce chamboulemenl hormonal. Entre l’effet boostant des dopamines et celui euphorisant des endorphines. Lucy Vincent dans son livre Comment devient-on amoureux ? compare l’état amoureux à la dépendance toxicomaniaque :« L‘amoureux est comme l’héroïnomane : il a besoin d’une dose de plus en plus grande pour assurer la libération d’endorphines dans le cerveau dont il est devenu dépendant. » D’où notre besoin irrépressible de celui qui provoque une telle extase.

Un moyen de fuir la réalité
Seulement voilà, l’émission de dopamine et d’endorphines est en grande partie liée à la nouveauté et l’effet se lasse au bout d’une période qui va de un à trois ans. le temps nécessaire pour faire un enfant et assurer la reproduction de l’espèce. L’autre nous apparaît alors dans toute la lumière de son altérité. loin de nos fantasmes fusionnels de ne faire qu’un. On part alors vraiment à sa découverte. sur les chemins escarpés de la vraie intimité. qui mène à un attachement serein où. selon les mots d’André Corman, on est capable de se réjouir de la présence de l’autre . pour ce qu’il est. Ou alors on s’ennuie. comme Amandine. accro à ses endorphines. et on repart en quête de ces émotions fortes.comme toute forme de dépendance extrême. la passion peut d’ailleurs. selon Michel Reynaud. être un processus d’évitement face aux réalités de la vie : « Elle permet de s‘éloigner de sa souffrance existentielle, de son angoisse. de sa solitude. de son sentiment d’abandon et d’inutilité. «

L’importance du lien primaire
Pour autant. « dans le mécanisme de la passion. nous ne sommes pas que déterminés par nos hormones. précise Michel Reynaud. L’imperfection de nos mécanismes d’attachement précoce joue un rôle très important « dans nos comportements amoureux. » Toute la problématique de l‘enfant est de gérer l’absence maternelle et le manque. Si sa mère ne le rassure pas. pour diverses ralsons (mère angoissée. absente. lien qui ne se fait pas). il souffre de ne pas avoir construit de lien sécurisant et va toujours avoir l’impression que l’autre ne donne jamais assez. L’amour manque et son corollaire l’amour passion serait donc une façon d’aimer à laquelle on est habitués et à laquelle on tient.

La peur de perdre
Dans son livre « Ces femmes qui aiment trop ». la thérapeute Robin Norwood parle de ces grandes amoureuses contrariées. amoureuses de l’amour. en quête perpétuelle de leur prince charmant. qui mesurent la profondeur de leur amour à l’intensité de leur douleur. Hommes mariés. effectivement inaccessibles. géographiquement éloignés. autant d’ingrédients qui les font verser dans une passion destructrice et insécurisante. Elle donne l‘exemple d’une de ses patientes. « S’il n‘y avait pas à manoeuvrer et à manipuler dans une relation avec un homme elle était mal à l’aise Et parce qu’elle vivait de passion. de souffrance. de lutte. une histoire dénuée de ces ingrédients stimulants lui paraissait ennuyeuse. Ces séductrices vont alors chercher à s’approprier l’autre à travers un lien très fort. exigeant. inquiet. vampirisant. avec comme outil principal le sexe. car. « petites. on ne leur a pas appris qu‘elles étaient assez intéressantes pour garder quelqu’un de manière sereine », ajoute Michel Reynaud.

Un puits sans fond
Et sl une faille narcissique se cachait derrière la passion à tout prix ? Dans son livre Cherche désespérément l’homme de ma vie . Sylvie Tenenbaum. psychothérapeute. s’interroge sur ce qu’elle appelle « ces intoxiqués de l’amour . Cherchent-elles réellement l’amour ou sont-elles en quête d’un miroir qui va réfléchir un portrait flatteur. une image agréable d’elles-mémes ? Cette alimentation d’un narcissisme défaillant neprésente une nourriture nécessaire. vitale. » Robin Norwood parle aussi de cette « défaillance de l’estime de soi »qui conduit ces grandes passionnées .à rechercher dans le regard subjugué de l’autre et l’intensité de leurs relations une réparation à une situation familiale souvent difficile. Encore sous l’emprise de blessures affectives non cicatrisées. elles cherchent à se soigner par la magie de l’amour. Ces prédispositions seraient alimentées par la propension qu’ont les femmes en général à fantasmer leurs histoires. Selon le sexologue André Cormen. « les fantasmes féminins sont toujours très construits et fortement scénarlsés ».

Le refus de l’intimité
Paradoxalement pourtant elles fuient le rapport intime et quotidien qui les exposerait trop à leurs failles. Alors qu’elles cher» chent plus que tout à aimer et à être aimé. ces amazones de l’amour ont bien du mal à recevoir vraiment, ce qui expliquerait leur goût pour les histoires passionnelles. souvent impossibles ou contrariées. « Car recevoir de l’amour demande aussi une bonne estime de soi ». explique dans son livre Sylvie Tenenbaum. On y revient. En core et toujours. Et. quoi qu‘on en dise. l’amour, ça aide.