Gérer la crise de la quarantaine

La crise de la quarantaine ? Un mythe ? Non, pas vraiment. Période de transition plus ou moins forte où un bilan identitaire s‘impose, la quaran taine équivaut souvent à une renaissance de soi et de ses désirs.

Pierre. 42 ans. vient de lâcher temporairement sa femme et ses deux enfants pour faire le point sur lui et sa vie de couple. Céline. 38 ans. a décidé de quitter famille el maison pour se lancer dans l’aide humanitaire en Afrique. Frédéric, 44 ans. pourtant de nature sereine. devient d’un soul coup hypocondriaque. la peur de la mort l’obsède jour et nuit. Marie, 38 uns, célibataîre. ne supporte plus son milieu professionnel et prend la décision de claquer la porte sans réfléchir.

L‘heure du bilan Savez-vous ce qu’ont en commun ces hommes et ces femmes? Leur âge:40 ans environ… Stade transitoire. Le milieu de la vie. ou presque. La fin d’un premier cycle et le commencement d’un second. L‘âge idéal. donc. pour s’interroger. faire un bilan. Au risque. bien sûr. de tout remettre en question : sa vie familiale. sa vie sentimentale. sa vie professionnelle. économique… « .A 40 ans. remarquent ainsi les docteurs Goupil et Boublin. dans leur ouvrage Le guide de la quarantaine. arrive l’impression que tout est irrévocable et irrémédiablement définitif. » Le sentiment cruel que le temps manque ou que le bonheur et l’insouciance sont restés là. derrière nous. poussent alors certains individus à la crise.

Le temps qui manque Une crise plus ou moins intense selon chacun. Pour certains elle passe presque inaperçue alors que pour d’autres. elle est un véritable chamboulement. Elle ressemble à la crise d’adolescence. Sauf qu’un ado en crise. lui. ressent un sentiment de vertige devant l’étendue de la vic qui s’offre soudain à lui. À 40 ans. on se dit plutôt que cette étendue-là diminue. Qu’elle se resserre inexorablement. .. Pour de la mort. peur de vieillir. peur d’avnir raté ce que l’on a entrepris. peur d’être inutile : pour prendre à contre-pied ce type d’angoisses. on exprime donc des envies de liberté. du changement. De façon souvent excessive. sinon boulimique.Certains s’offrent une seconde jeunesse pour échapper entrepris à la monotonie du quotidien. Ils s’affranchissent des carcans qui les étouffent. en transgressant certaines règles de vie. Sans hésiter, parfois. à aller voir ailleurs…

Le pénis en crise (Car. à 40 uns. il arrive que le prix du changement passe par l’infidélité : 15 % des hommes contre 3 % de femmes – selon! jacqueline Raoul Duval. auteur de l’ouvrage Le charme discret de l’adultère. Ce qui pousse ces quadragénaires à mettre en péril parfois quinze années de couple bien rangées ? Le désir de tester à nouveau leur pouvoir de séduction. La volonté de se dire que le charme n’a pas d’âge. Sinon – pour les hommes surtout. le souhait de se prouver combien leur sexe n‘a rien perdu de leur dynamisme. « En exprimant ainsi leur crise dans le lit d’une autre. expliquent les docteurs Goupil et Boublin. ces infidèles mâles cherchent à réaffirmer leur masculinité. » C’est-à-dire le pouvoir de leur virilité. garantie par la vigueur et la puissance de leur pénis…

Le corps en mutation Car la quarantaine annonce des changements corporels qui souvent inquiètent. Les muscles faiblissent. Ies premiers troubles de l’érection se font sentir. Les rides – quoique souvent charmantes – se creusent et s‘affir ment. Les cheveux grisonnent. La vue faiblit et parfois les paires de lunettes s’imposent. Bref… on se sent vieillir. Et ce chez les hommes comme chez les femmes. À cet égard. la plupart du temps. chez les femmes, « la crise du milieu de la vic surviendra principalement devant l’approche de la ménopause. souvent vécue comme un drame. explique jacques Gauthier, dans son livre La crise de la quarantaine. Pourquoi ? Parce que se dire qu’on ne pourra plus avoir d’en fants. d’ici cinq ans. revient. en un sens. à s’imaginer que l’on perdra son identité de femme et de mère. Certaines exprimeront leur mal-étre par des crises de tristesse à répétition. D’autres par une baisse libidinale plus ou moins intense. générée par un refus inconscient de se considérer comme sexuellement désirable. D’autres encore se rassureront dans l’utilisation de crèmes antirides ou dans les établissements de soins ou de chirurgie esthétique. Enfin. certaines franchiront cet! âge avec philosophie en regardant tout ce qu‘elles ont encore à réaliser.

Premier pas vers la sagesse ? Pour tous. cette période est faite d’interrogations. de remises en question. de tâtonnemenls. de réorganisation de la vie. « À 40 ans. explique Henry Pfyser. psychologue, on se trouve coincé entre deux âges. On ne sent plus vraiment jeune. mais on ne se sent pas» réellement vieux non plus. » D’où ce désir profond de se trouver une place. De se (re)situer identitairemenl et socialement. Quitte à rompre avec ce que l’on avait jusqu’alors érigé comme valeur essentielle : vie conjugale. vie sociale. situation professionnelle. « Aussi n’est-il pas rare. continue le psychologue. de voir un coiffeur, aux alentours de la quarantaine ,devenir pâtissier. Ou un fonctionnaire se lancer dans la carrière d’acteur dont il avait toujours rêvé. » Néanmoins. si ces réactions tournées vers le changement paraissent survenir du jour au lendemain. elles représentent bien souvent une étape nécessaire vers un nouvel équilibre psychologique. affectif et sentimental. Voire vers la naissance d’un nouvel être, d’un nouveau « moi » moins centré sur lui mème et sans doute un peu plus sage.