Sanofi a trouvé le remède pour renouer durablement avec la croissance

Renouveau Le laboratoire pharmaceutique entre dans une nouvelle phase de croissance. L’arrivée de produits innovants et le renouvellement du management vont contribuer à l’amélioration des marges.

Le quatrième laboratoire mondial est sur la voie du rétablissement. Après deux années difficiles marquées par une croissance atone et un parcours boursier très décevant (– 35 % entre avril 2015 et avril 2018), le troisième trimestre 2018 a constitué un point d’inflexion. Sanofi a renoué avec un rythme de croissance solide. Rappelons que le groupe subit depuis 2015 la chute, aux Etats- Unis, de son antidiabétique phare, Lantus, affecté par de forts rabais sur ses prix liés à l’arrivée de génériques. Mais ses effets sont désormais compensés. Les facturations trimestrielles et le bénéfice par action ont ainsi progressé (à changes constants) de respectivement 6,3 et 11,2 %, contre une stabilité au premier semestre. Cette renaissance va-t-elle se confirmer ? Plusieurs éléments militent pour.

Des fondamentaux solides pour entrer dans une nouvelle ère
Des fondamentaux solides pour entrer dans une nouvelle ère

RECENTRAGE STRATÉGIQUE
Tout d’abord, Lantus n’est plus un sujet. Alors qu’il générait, il y a quelques années, près du tiers du résultat opérationnel du groupe, il n’en représentera plus que 8 % en 2019, et son poids sera insignifiant en 2023. Ensuite, Sanofi a opéré, depuis l’arrivée à sa tête d’Olivier Brandicourt, en 2015, une transformation profonde. Ce dernier a été l’artisan du recentrage du groupe sur ses positions fortes : les Maladies rares, division la plus dynamique issue du rachat de Genzyme, les Vaccins et la Santé grand public (produits d’automédication). Ces deux dernières activités sont en croissance régulière (+ 4 % par an en moyenne), et Sanofi y figure dans le trio de tête mondial. Cette rationalisation du portefeuille s’est traduite par la sortie de la santé animale et la cession des génériques européens. Deux grosses acquisitions, celles de Bioverativ et d’Ablynx, pour 13 milliards d’euros au total, ont été réalisées en début d’année, permettant une entrée dans les maladies rares du sang. Le potentiel de ces deux relais de croissance repose surtout sur leurs produits en développement, qui sont venus enrichir un portefeuille de recherche étoffé avec 40 projets avancés (en phase III ou en demande d’enregistrement). Les mesures engagées par Olivier Brandicourt se sont aussi traduites par 1,5 milliard d’économies de coûts sur trois ans qui vont jouer à plein cette année, alors que les nouveaux moteurs de croissance montent en régime.

VAGUE SANS PRÉCÉDENT
Sanofi n’avait pas mis sur le marché de médicament significatif depuis Lantus, en 2001. Une vague d’une dizaine de nouveaux médicaments issus essentiellement du partenariat avec l’américain Regeneron est en train de déferler. « Ce flux de nouveaux produits est sécurisé, observe Jean-Jacques Le Fur, analyste chez Bryan, Garnier & Co. Ils ont montré leur efficacité, leur sécurité et sont en développement avancé (phase III) ou déjà sur le marché. Au global, 10 milliards de chiffre d’affaires additionnel en sont attendus d’ici à 2024. » Dupixent, fondé sur un nouveau mécanisme d’action et désigné « découverte capitale » par l’autorité de santé américaine (FDA), sera le plus gros contributeur avec un potentiel estimé à plus de 5 milliards de ventes dans trois indications : la dermatite atopique (une forme d’eczéma), l’asthme et les polypes nasaux. Son démarrage dans 13 pays dans la dermatite, indication la plus importante, a été jugé impressionnant sur la base de 508 millions de ventes déjà réalisées sur neuf mois. En outre, Sanofi a obtenu, en octobre, l’approbation de la FDA dans l’asthme sévère. Dupixent illustre la stratégie du laboratoire en matière d’innovations. Celles-ci s’adressent aux patients les plus sévèrement atteints, un segment certes étroit mais plus rémunérateur, pour lesquels les traitements ont échoué. Le groupe peut ainsi justifier de prix élevés. Celui de Dupixent, 37.000 $ par an aux Etats-Unis, est d’ailleurs jugé très compétitif.Même constat dans l’oncologie, où Sanofi fait un grand retour. « Nous pouvons encore prendre la vague de l’immunothérapie, même si c’est avec retard », avait prévenu la direction. Le traitement du carcinome cutané, Libtayo, de la classe des anti-PD1, vient de recevoir le feu vert de la FDA. Il a de grandes chances de succès car il s’adresse à un cancer rare qui fait face à un vide thérapeutique. Il concerne 10.000 patients outre-Atlantique, et son prix « catalogue » atteint 9.100 $ par cycle de traitement de trois semaines. Sanofi développe également l’isatuximab (phase III) pour une forme rare de cancer du sang, et, en hématologie, Cablivi, autorisé en Europe, devrait l’être bientôt aux Etats-Unis.

SOUFFLE NOUVEAU
Autre évolution prometteuse, un peu passée inaperçue, le renouvellement de la moitié du comité exécutif par Olivier Brandicourt. « C’est un vrai changement de culture qui va être impulsé, observe Grégoire Uettwiller, cogérant du fonds Moneta Multi Caps. Parmi la dizaine de nouveaux top managers, l’arrivée du directeur de la R&D, John Reed, ex-responsable du développement en oncologie chez Roche, et celle de Jean-Baptiste de Chatillon au poste de directeur financier, qu’il a occupé précédemment avec brio chez PSA, sont majeures. » Ce dernier devrait accélérer la poursuite de la simplification des structures du groupe. Et le potentiel est élevé. Sanofi dispose de 54 sites industriels quand la moyenne de ses concurrents se situe autour de 30. Les investisseurs estiment que près de 700 millions d’économies annuelles pourraient être réalisées. Ces éléments conjugués à l’émergence des nouveaux moteurs de croissance vont jouer favorablement sur les marges. « Le basculement progressif vers des produits de spécialité issus de la vague de lancements qui ont un effet positif sur la rentabilité, alors que le niveau des coûts vient de se stabiliser et pourrait encore être amélioré, devrait permettre au groupe d’afficher une marge opérationnelle de 30 % dès 2022, contre 26 % aujourd’hui. A cet horizon, elle devrait atteindre 38 % dans la division Pharmacie [41 % si on retraitait des redevances à Regeneron], ce qui la situerait parmi les plus élevées du secteur », précise Jean-Jacques Le Fur. De quoi doper le bénéfice, alors que le groupe va poursuivre ses rachats d’actions.