Du chapardage à la kleptomanie

Du vol très occasionnel à la kleptomanie, il existe différentes attitudes face au chapardage, qu’il se produise dans un magasin ou ailleurs… Le psychothérapeute Antoine Spath et le psychologue François Sulger nous éclairent sur la question.

Des petits larcins, beaucoup en ont commis. Qui n’a jamais volé des poires dans le jardin des voisins, piqué un jouet dans une cour de récréation. des bonbons chez l’épicier’… Tous les enfants ont un jour tenté de voler quelque chose. Cette attitude est trans-gressive, mais normale . ex-plique Antoine Spath, psycho-thérapeute. Il poursuit : En nous appuyant sur l’ouvrage Psychopathologie de l’enfant, nous nous apercevons qu’à cet âge, ce sont les petits garçons qui volent le plus. Le vol repré-sente d’ailleurs 70% des délits chez les mineurs.

Qui n’a jamais volé ?
Le chapardage permet de se mettre en état de suspect, de porteur d’une faute suite à un comportement délictueux. C’est comme si le voleur mettait un nom sut sa faute originelle, car il existe chez l’adulte comme chez l’enfant un rapport avec le complexe d’Œdipe dans le fait de voler. Ainsi, le vol est à la fois un moyen de satisfaire le manque. et le besoin d’une punition pour cette faute. Si ce type de comportement est normal, le passage à la kleptomanie, lui, relève d’une dé-viance il s’agit d’un trouble du comportement.

La kleptomanie, qu’est-ce que c’est?
il s’agit d’une impulsion irrésistible à voler des objets qui n’ont pas de valeur utilitaire ni monétaire immédiate , selon le dictionnaire de la psychologie de Roland Doron et Françoise Panot. Cet acte précédé d’un sentiment de tension croissante est suivi d’apaisement ou de soulagement. C’est un acte qui présente les caractéristiques des comportements compulsifs. François Sulger, psychologue, explique : Au moment de voler, un kleptomane se situe entre le désir obsédant de dérober et une lutte parfois angoissante contre ce désir.

Un acte de bravoure?
Pour Antoine Spath. le kleptomane sait qu’en agissant ainsi. il va l’encontre de la loi. Mais il peut ressentir une gratification à voler car il se sent fier de pouvoir la defier, Cela lui donne un peu une idée de toute-puissance. Cela lui permet aussi de combler ses carences. En commettant ses multiples vois, le sujet éprouve un sentiment d’autosuffisance.il n’a pas conscience d’être souffrant en agissant, juste le sentiment d’étre hors la loi. Mais à un moment de leur existence. beaucoup de kleptomanes passent par un épisode dépressif : ils s’aperçoivent qu’ils ne se suffisent pas â eux mêmes, qu’ils ne comblent pas véritablement leur carence par le biais du vol. Et c’est en consultant pour cette dépression qu’ils évoquent en cabinet leur kleptomanie. Cette maladie peut s’accompagner d’autres troubles compulsifs. il s’agit d’une agressivité qui se tourne vers l’extérieur : certaines personnes peuvent être violentes. ou boulimiques, Ainsi la nourriture comble la méme carence affective. Les boulimiques ont souvent honte d’avoir mangé comme le kleptomane a honte d’avoir volé.

Un comportement communicatif ?
J’avais une amie qui avait pris l’habitude de chaparder dans les magasins, se souvient Laure, 18 ans. Elle s’était prise à son propre jeu et ne pouvait plus vraiment s’en passer… Méme se faire piquer ne l’a pas refroidie ! Le problême est que sa manie m’avait gagnée ! fe me suis mise peu à peu à l’imiter. À chaque fois, il fallait que je sorte d’un magasin avec quelque chose dans la poche, c’était un jeu ou plutôt un défi… Au moment de prendre un article. je sentais l’adrénaline monter. Aujourd’hui, comme je ne vois plus cette personne, je ne vole plus._ je me sentirais même honteuse de continuer en compagnie d’amis qui. eux. n’ont pas cette manie. Si la meilleure amie semblait ne pas pouvoir s’arrêter. Laure, elle, n’était pas. à proprement parler kleptomane. Pour François Sulger. psychologue, très souvent l’objet volé est sans utilité… On peut qualifier quelqu’un de kleptomane quand il vole souvent le mème type d’objets inutiles. sans prendre de précautions, La véritable kleptomanie reste relativement rare .

Un défi, un plaisir
Je suis kleptomane depuis tout petit, je prends des objets sans valeur marchande, uniquement chez mes amis, raconte Pierre. 45 ans. Un livre abimé. un briquet… Je sais exactement à chaque fois d’où vient l’objet que j’ai en ma possession, je le range chez moi avec un post-it et je tiens un cahier qui détaille mes vols et le nom du propriétaire de l’objet pris. l’ai réuni tous les briquets subtilisés dans un bocal. il doit y en avoir 200 ! Au moment de voler, j’éprouve une grande bouffée de chaleur, un énorme plaisir. Si par hasard j’oublie de prendre un objet, je reviens sur mes pas pour n’importe quel prétexte. Selon François Sulger, la kleptomanie de Pierre est un moyen de s’approprier une partie de la vie de ses amis. il n’est peut-étre pas satisfait du lien affectif qu’il entretient avec ces personnes, peut-être estime-t-il ne pas avoir assez de « retours » de la part de ses amis. S’il se trouvait un jour comblé de ce côté, il serait possible que cesse sa kleptomanie .

Pour Antoine Spath. le cœur de la kleptomanie se situe dans la valeur symbolique que le sujet va attribuer à l’objet qu’il dérobe. et ce de façon systématique : il peut s’agir de se restituer un certain narcissisme â travers le vol de vétements. par exemple.Ainsi, il est important de pouvoir mettre le doigt sur le manque comblé par ce comportement pour comprendre d’où vient le problème.