Theresa May doit convaincre le Parlement britannique pour obtenir son adhésion avant Noël

Les investisseurs ne voulaient plus y croire. Pourtant, depuis deux semaines, les signaux passaient progressivement au vert. Encore le week-end passé, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait laissé entendre qu’un accord pouvait intervenir prochainement sur les conditions du divorce entre le Royaume- Uni et l’Union européenne.

DATE LIMITE DU 29 MARS
Le dernier point d’achoppement était la question de la frontière irlandaise. L’Europe ne voulait pas que la République d’Irlande, membre de la zone euro, soit à nouveau coupée de l’Irlande du Nord, rappelant de mauvais souvenirs. L’Europe a alors fait un geste fort en acceptant que l’ensemble du Royaume-Uni reste dans la même union douanière, traitement refusé il y a encore peu de temps.

L’Europe et le Royaume-Uni divorceront donc à l’amiable le 29 mars prochain. A la condition, évidemment, que la Première ministre britannique, Theresa May, arrive à convaincre son Parlement, ce qui est loin d’être assuré.

Théoriquement, il lui manque 13 voix sur les 326 nécessaires pour arracher une majorité. Le compte est vite fait. Les 254 « travaillistes », européens, sont opposés au Brexit. Son leader, Jeremy Corbyn, juge d’ailleurs cet accord « bâclé ». Il faut ajouter au parti du Labour 40 conservateurs « hard brexiteurs », 10 unioniste nord-irlandais et 35 députés du Scottish party. Soit un total de 339 voix sur les 650 du Parlement. Il faudra donc beaucoup d’efforts à Theresa May pour convaincre et arracher une majorité. Toutefois, une dizaine de travaillistes pourraient se laisser convaincre par un projet plutôt favorable à Londres. Les stratégistes de La Banque Postale AM estiment qu’ils pourraient être jusqu’à 50. Six élus indépendants pourraient aussi les rejoindre. Ils soulignent enfin que, traditionnellement, le président du Parlement et ses adjoints, non partisans, ne prennent pas part aux votes sauf en cas d’égalité parfaite. Ce sont donc quatre conservateurs de moins que la Première ministre trouvera sur sa route. Enfin, sept élus du Sinn Féin s’abstiennent systématiquement de siéger. En conclusion, une majorité n’est pas impossible, mais elle sera très difficile à trouver. D’autant plus que le gouvernement est dans un piteux état.

QUEL CALENDRIER ?
S’il a accepté le projet de Theresa May, celui-ci se délite depuis. Plusieurs ministres ont démissionné, dont celui du Brexit, Dominic Raab. Il a toujours été partisan d’une séparation brutale avec l’Union européenne et est tenté de jouer sa partition. Il s’est ensuivi le départ, notamment, d’Esther McVey, secrétaire d’Etat au Travail et aux Retraites, et celui de Shailesh Vara, secrétaire d’Etat chargé de l’Irlande du Nord. Pis, le conservateur Jacob Rees-Mogg a demandé un vote de défiance. Theresa May a été défiée hier par la quasi-totalité des élus de la Chambre des communes, y compris par ceux de son propre parti. Dans les prochaines heures, les 27 Etats européens devraient néanmoins réunir leurs ambassadeurs. Les ministres des Affaires européennes prendront le relais en début de semaine prochaine. Un sommet européen devrait avoir lieu le 27 DÉCEMBRE et un vote au Parlement britannique avant Noël, à moins que le gouvernement ne tombe d’ici là. La seule certitude aujourd’hui est que les discussions ne sont pas près de s’achever au Royaume- Uni même si le dialogue semble de plus en plus difficile entre les belligérants.