quels enjeux pour les pays industrialisés ?

Pour de nombreux pays avancés, les enjeux les plus importants sont peut-être la lenteur de la croissance des revenus des travailleurs, l’impression d’une mobilité sociale réduite et, dans certains pays, une réaction inadéquate des pouvoirs publics aux changements économiques structurels.

Non seulement la croissance à long terme dans les pays avancés est orientée à la baisse, mais, de plus, dans bon nombre de pays, les gains plus modestes reviennent principalement à ceux qui sont relativement riches. Aux États-Unis, par exemple, le revenu réel médian des ménages était environ le même en 2016 qu’en 1999. Cette tendance date manifestement d’avant la crise financière mondiale et la crise dans la zone euro. Mais les crises elles-mêmes, de même que certains aspects de la réaction des pouvoirs publics, ont aigri davantage l’opinion publique.

À son tour, ce mécontentement a contribué à engendrer les tensions actuelles concernant la politique commerciale, ainsi qu’un scepticisme plus large à l’égard des politiques et des dirigeants centristes, qui, traditionnellement, considèrent que la coopération mondiale constitue la bonne réponse aux problèmes communs.

Les dirigeants doivent adopter une perspective à long terme face à ce malaise. Des politiques budgétaires inclusives, des investissements dans l’éducation et des mesures qui garantissent l’accès à des soins de santé adéquats peuvent réduire les inégalités et constituent des priorités importantes. Il en va de même pour des dispositifs de protection sociale plus sûrs qui peuvent aider les travailleurs à s’ajuster à une série de chocs structurels, qu’ils soient dus à la mondialisation, au progrès technologique ou (dans certains pays) au changement climatique. Il est particulièrement important de promouvoir le taux d’activité et l’inclusion économique des femmes et des jeunes. Les priorités en matière de réformes structurelles diffèrent d’un pays à l’autre, mais, de manière générale, leur exécution permettra d’accélérer la production et la croissance à moyen terme. Cela dit, il convient de prendre en considération ceux qui sont déjà désavantagés, mais qui pourraient l’être encore plus. Le soutien des activités de recherche et de développement, ainsi que de la recherche scientifique de base et appliquée, promet de rehausser la croissance, comme l’ont montré de nombreuses études. Ces priorités concernent aussi les pays émergents et les pays en développement.

La plupart des pays doivent aussi constituer des amortisseurs budgétaires pour être en mesure de réagir face à la prochaine récession lorsqu’elle se produira et réduire le coût fiscal à long terme du service d’une dette publique élevée. Plusieurs pays émergents et pays en développement doivent entreprendre des réformes budgétaires afin de garantir la viabilité de leurs finances publiques et améliorer l’attitude des marchés.

Des mesures qui ont été prises aux niveaux mondial et national ont consolidé la stabilité financière depuis la crise, mais le travail reste incomplet à plusieurs égards, notamment pour ce qui est de sécuriser le secteur financier non bancaire et de résoudre les banques en situation d’insolvabilité, surtout des banques internationales importantes pour le système, un domaine où il est urgent de mettre en place un dispositif mondial fondé sur la coopération. Certaines mesures de surveillance financière qui ont été adoptées à la suite de la crise pourraient être simplifiées, mais un détricotage général risquerait de déstabiliser le système. Même une déréglementation fragmentée doit être prudente et considérée avec soin, car une succession de mesures de plus petite portée pourrait finir par fragiliser le système. En fait, c’est précisément parce que la politique monétaire devra rester accommodante là où l’inflation s’inscrit en deçà des objectifs fixés et devra être prudente ailleurs que des leviers macroprudentiels et microprudentiels efficaces doivent rester disponibles.

Le poids croissant des pays émergents et des pays en développement dans l’économie mondiale signifie que les pays avancés intériorisent une plus petite partie des gains mondiaux tirés de leur propre appui à la coopération multilatérale. Les pays avancés perçoivent une fuite des bienfaits au profit des autres pays qui est relativement plus importante aujourd’hui que par le passé, et ce par rapport à leurs propres gains. Ce changement pourrait inciter certains pays à se retirer dans une autosuffisance imaginée. Mais l’interdépendance économique est plus forte que jamais, par la voie, entre autres, du commerce, de la finance, du transfert des connaissances, des migrations et des effets sur l’environnement, et cela rend la coopération dans les domaines d’intérêt commun plus importante que jamais aussi, y compris pour les pays avancés.

Le multilatéralisme doit évoluer de manière à ce que chaque pays considère qu’il y va de son propre intérêt, même dans un monde multipolaire. Mais cela exigera un soutien politique national à la collaboration internationale. Des politiques d’inclusion qui veillent à ce que les gains de la croissance économique soient partagés par le plus grand nombre sont non seulement souhaitables en tant que telles, mais peuvent aussi contribuer à convaincre les citoyens que la coopération internationale leur profite. Je suis fier que, pendant mon mandat, le FMI ait défendu de plus en plus de telles politiques, tout en cherchant à trouver des solutions multilatérales aux problèmes mondiaux. Sans davantage de politiques d’inclusion, le multilatéralisme ne peut pas survivre. Et, sans multilatéralisme, le monde sera plus pauvre et plus dangereux.

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