STEVE” N’EST FINALEMENT PAS UNE AURORE BORÉALE

Vu depuis l’espace, c’est un gigantesque mur de lumière, de 1000 km de hauteur, en forme d’arc centré sur le pôle magnétique de la Terre. Depuis le sol, c’est un mince ruban mauve qui traverse le ciel d’est en ouest, et qui apparaît une quinzaine de fois par an, surtout au printemps et à l’automne. Il est très prisé des chasseurs d’aurores boréales, qui le photographient depuis des décennies, et ce, alors même que… ce n’en est pas une. Car “Steve”, comme ils l’ont baptisé, n’a pas la même couleur, ni la même forme. Il apparaît toujours à des latitudes beaucoup plus basses. Et, surtout, le phénomène physique qui en est à l’origine semble bel et bien différent. C’est ce qu’indique une nouvelle étude menée par Eric Donovan, de l’université de Calgary, au Canada, qui reprend l’idée de ses confrères en 2016 de faire de “Steve” l’acronyme de Strong Thermal Emission Velocity Enhancement.

Pour mener son enquête, l’astronome a cherché un satellite qui aurait survolé la zone où un Steve apparaissait dans le ciel. Et il a trouvé POES17, un satellite météo américano-européen, qui a traversé un Steve en 2008.

COLLISIONS RAYONNANTES Or, ses données ne montrent pas la présence d’une pluie d’électrons, pourtant caractéristique des aurores polaires. Celles-ci sont en effet dues à des électrons qui descendent à grande vitesse le long des lignes du champ magnétique terrestre, se fracassent sur les atomes de la haute atmosphère, les chauffent et les font rayonner. Si aucune précipitation d’électrons n’accompagne Steve, c’est qu’il ne s’agit pas d’une aurore. Comment, alors, se forme-t-il ? “On n’en sait encore rien, avoue le chercheur, les scientifiques s’y intéressent depuis peu.” De fait, seules deux études sur Steve ont été publiées, en 2018. Eric Donovan avait déjà cosigné la première, en mars. Elle était fondée sur les données d’un autre satellite, Swarm, dédié à l’observation du champ magnétique terrestre.

Swarm avait plongé dans un Steve le 25 juillet 2016, mais n’avait pas permis de trancher sur la pluie d’électrons. En revanche, il avait trouvé un courant d’ions d’oxygène et de protons qui filaient à plus de 6 km/s! “Voilà un bon indice, c’est probablement lui qui chauffe les atomes de l’ionosphère et les fait rayonner… Le problème, c’est que de tels courants d’ions sont connus depuis longtemps; or, d’habitude, ils ne s’accompagnent d’aucune manifestation lumineuse.” Pourquoi donc ceux-ci brilleraient? Selon lui, la prochaine étape sera d’analyser, par spectroscopie, la lumière de Steve, pour connaître sa fréquence précise, et donc la nature chimique des atomes qui brillent. Et puis fouiller dans les archives d’autres satellites. Eric Donovan et ses collègues ont déjà trouvé 30 satellites qui, depuis 2007, ont traversé cemirage céleste d’un nouveau genre…

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