À PARIS, LE DÉFI DES GILETS JAUNES

La mobilisation aujourd’hui sonnera-t-elle l’heure de vérité pour un mouvement jusqu’ici sans équivalent ? Quelle que soit l’issue, c’est une profonde cassure du pays qui est ainsi révélée.

LES GILETS JAUNES sont plus remontés que jamais, le gouvernement est sur les dents. A quelques heures d’une mobilisation au coeur de Paris — et dans plusieurs villes du pays — que les contestataires espèrent décisive, le pouvoir fourbit ses armes : les mesures que le chef de l’Etat dévoilera mardi à l’Elysée. Il y a urgence. Pas question de laisser s’aggraver la fracture profonde révélée entre deux France qui ne s’aiment pas ou plus, celle des métropoles d’un côté et celle des territoires ruraux et périurbains de l’autre. Entre ceux, les plus modestes, qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller au travail ou accéder aux services publics. Et les urbains, nantis et disposant de tous les atouts de la ville, qui craignent plus la fin du monde que les fins de mois.

LA HANTISE DE LA BAVURE Au bout d’une semaine de barrages, le mouvement reste massif et largement soutenu par l’opinion (jusqu’à 8 Français sur 10, selon un sondage Odoxa), malgré les violences qui l’ont émaillé. Hier, trois Gilets jaunes ont été condamnés à des peines allant jusqu’à dix-huit mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Reims pour des violences survenues samedi. A Angers, le Raid est intervenu dans une zone commerciale en milieu d’après-midi : un forcené, grenade à la main, réclamait que les Gilets jaunes soient reçus à l’Elysée. Il s’est rendu vers 22 h 45. C’est donc dans un Paris ultra-sécurisé que sont attendus aujourd’hui les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et ses collègues du gouvernement ont la hantise de la bavure : « Notre priorité, c’est d’éviter les morts et les centaines de blessés de la semaine dernière », confie une source à Matignon. A deux pas de l’Elysée et de l’Assemblée, tout incident grave prendrait une dimension symbolique insupportable. « C’est dommage qu’il n’y ait pas eu une déclaration commune de la part des manifestants, souligne Laurent Nunez, le secrétaire d’Etat à la Sécurité. On espère que la majorité d’entre eux se regroupent sur le Champ-de-Mars pour manifester dans des conditions sécurisées. » Selon les services de renseignement, la plupart des Gilets jaunes resteraient sur place. Pour des raisons financières ou de cohérence avec une contestation ancrée en province.

Désormais, Emmanuel Macron en a la conviction, l’heure est venue d’ouvrir le jeu. Certes, Macron et son Premier ministre campent sur leur refus d’abandonner la hausse de la taxe carbone. Même si des poids lourds de la majorité comme Bayrou et nombre de députés Marcheurs demandent un allégement du prix à la pompe. Pour répondre à la colère, le chef de l’Etat réunira mardi les membres du Comité national de transition écologique, les « forces vives » de la nation : les organisations syndicales et patronales, des élus locaux, des parlementaires et des ONG, mais aucun représentant des Gilets jaunes, contrairement aux rumeurs qui circulaient hier. Une façon pour l’exécutif de répondre — avec retard — au leader de la CFDT, Laurent Berger, qui proposait dimanche un Grenelle de l’écologie. A l’issue de cette grand-messe, Emmanuel Macron détaillera ce que devrait être « un pacte de conversion » destiné à préciser le cap de la transition écologique pour les prochaines années. « Les modalités concrètes donneront lieu à des concertations partout dans le pays avec une participation citoyenne et les élus territoriaux, explique-t-on à l’Elysée. Elles seront débattues ensuite au Parlement, au premier trimestre 2019. » Reste la question : les Français en colère se contenteront-ils d’une messe ou exigeront-ils du sonnant et trébuchant ?.

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