Le pouvoir d’achat apparaît plus que jamais comme la préoccupation numéro un des Français.

L’Insee a beau anticiper officiellement pour cette année une augmentation de 1,3 % du pouvoir d’achat des Français, le ressenti de ces derniers est bien différent, qui estiment à 86 % que le leur s’est dégradé au cours des douze derniers mois. Le fait est que toutes les mesures prises par le gouvernement pour le stimuler (suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers, suppression des cotisations sociales sur les revenus du travail, augmentation de la prime d’activité et du minimum vieillesse) se trouvent psychologiquement presque entièrement effacées par l’envolée du prix des carburants (+ 23 % pour le diesel et + 14 % pour l’essence en un an). Laquelle affecte de façon aussi immédiate et visible que douloureuse le budget des 60 % de Français qui utilisent quotidiennement leur voiture.

A l’ère de l’automobile qui est loin d’être achevée, contrairement à ce que pense Anne Hidalgo, le prix du litre à la pompe joue un rôle aussi important dans l’équilibre budgétaire des ménages et pour la paix sociale du pays que le prix du setier de froment sous l’Ancien Régime. Qu’il s’envole et la colère populaire ne tarde pas à éclater : des appels au blocage des routes ont été lancés pour la journée du 17 novembre, tandis qu’une pétition citoyenne « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe » a déjà recueilli plus de 400 000 signatures. Du pain bénit, ou plutôt un plein gratuit pour l’opposition, trop heureuse de pouvoir exploiter politiquement cette grogne des conducteurs dirigée contre un Emmanuel Macron qui n’est plus seulement accusé d’être le président des riches, mais aussi celui des trottinettes électriques.

La révolte des volants se révèle d’autant plus vive qu’elle se double d’une révolte fiscale, à l’origine d’émeutes populaires demeurées plus célèbres encore dans notre histoire (La Harelle, Maillotins, Nu-Pieds, Croquants, Bonnets rouges…) que celles provoquées par les crises frumentaires. Cette nouvelle rébellion fiscale a de solides motifs : les taxes perçues par l’Etat représentent aujourd’hui plus de 60 % du prix des carburants, et à elles seules les recettes additionnelles générées par la hausse de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) devraient s’élever dès cette année à 2,8 milliards d’euros, 4,9 milliards en 2019 jusqu’à atteindre 10,4 milliards d’euros en 2022. C’est toute la fiscalité qui suit la même pente irrésistiblement haussière que la fiscalité énergétique : selon un récent rapport de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le montant des prélèvements obligatoires a dépassé en France en 2017 la barre symbolique des 1 000 milliards d’euros pour atteindre 1 038 milliards d’euros, soit 45,3 % du PIB, le plus haut niveau jamais enregistré. Cette pression fiscale sans précédent ôte beaucoup de sa pertinence à l’argument souvent avancé dans les rangs de la majorité parlementaire selon lequel les problèmes de pouvoir d’achat ne peuvent être imputés à la politique du gouvernement, celui-ci subissant d’un côté la situation géopolitique internationale responsable de la hausse des cours du pétrole et, de l’autre, n’ayant pas son mot à dire dans les augmentations de salaires des entreprises du secteur privé.

Il existe pourtant en vérité un moyen aussi simple qu’efficace pour doper le pouvoir d’achat des Français, c’est de baisser fortement le niveau des prélèvements obligatoires, ce qui suppose, pour ne pas laisser les déficits publics aller dans le décor, de baisser dans les mêmes proportions les dépenses publiques. Ce que le gouvernement, jusqu’à présent, se refuse à faire. Celles-ci devraient encore progresser de 25 milliards d’euros en 2019 après avoir déjà augmenté de 20 milliards en 2018. C’est peut-être moins au fond le gouvernement qu’il faut blâmer pour son manque de courage que les Français eux-mêmes pour leur incohérence et leur inconséquence. Qui veulent le beurre et l’argent du beurre, qui réclament à cor et à cri une hausse de leur pouvoir d’achat mais se mettent à hurler dès qu’est évoqué un vague et timide projet de coup de rabot dans la dépense publique, qui pestent contre les hausses de taxes, mais vocifèrent dès qu’il est question de diminuer le nombre de fonctionnaires. S’ils veulent vraiment consommer plus, les Français doivent d’abord accepter que l’Etat dépense moins.

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