le pire attentat antisémite de l’histoire des Etats-Unis

Depuis deux ans, le président américain a aussi affronté le pire massacre perpétré par un tireur solitaire aux Etats-Unis (58 morts en 2017 à Las Vegas) et la pire fusillade dans un lycée (17 morts le 14 février à Parkland, en Floride). La violence n’a plus de limites. Ceux qui ont vu les films de Stanley Kubrick, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola savent qu’elle est constitutive de la civilisation américaine. Sa longue histoire prend sa source dans la compétition entre vagues successives d’immigrants, la conquête de l’Ouest et le génocide des Indiens d’Amérique, l’esclavage des Noirs, la guerre civile et la ségrégation raciale. Le tueur de Pittsburgh possédait semble t- il ses armes tout à fait légalement, comme beaucoup d’autres meurtriers avant lui dans un pays saturé d’armes à feu.

Les juifs sont les premières victimes en période de grands bouleversements. Ils sont pour le genre humain ce qu’étaient les canaris pour les mineurs de fond : des signaux d’alarme dès que l’air devient irrespirable, a écrit dans le New York Times l’éditorialiste Howard Fineman, lui-même habitué de la synagogue de Pittsburgh. Selon le dernier rapport annuel de l’Anti-Defamation League, les incidents antisémites ont augmenté de 57 % en 2017 aux Etats-Unis, leur plus forte progression depuis que cette organisation non gouvernementale a commencé à les recenser, il y a près de cinquante ans.

Donald Trump n’a ni armé le bras, ni commandité le crime du meurtrier de Pittsburgh, pas plus qu’il n’a manipulé l’homme qui expédiait des colis piégés à ses opposants politiques. Mais, au minimum, il n’a rien fait pour éteindre le feu dans une société déboussolée par les suites de la grande crise financière de 2008, déstabilisée par des évolutions démographiques défavorables aux hommes blancs et minée par des chambardements technologiques pas encore maîtrisés. Le président a, au contraire, soufflé sur les braises, avec encore plus d’éner- gie à l’approche des élections de mi-mandat du 6 novembre. Donald Trump a ceci de particulier qu’il est à la fois le symbole et l’un des acteurs principaux des divisions qui traversent la société américaine. Le magnat de l’immobilier n’aurait pas été élu à la Maison-Blanche s’il n’était pas en phase avec une société polarisée à l’extrême, où la haine accumulée par certains individus explose en bouffées sanguinaires. Parce qu’il a contribué par ses outrances verbales à attiser le climat de violence, il est incapable d’exercer le leadership moral qui peut aider à réconcilier une nation à l’heure de l’épreuve. Son registre a été trop souvent celui de l’animosité et de la désunion. Il a affirmé que « des gens très bien » figuraient parmi les néonazis qui défilaient à Charlottesville et scandaient : « Les juifs ne nous remplaceront pas ». Il a traité les migrants d’« animaux » et les Mexicains de « violeurs ». Il a dénoncé des opposants politiques comme des traîtres à la nation et des journalistes comme « ennemis du peuple ».

L’attentat de Pittsburgh montre où peut conduire un climat de ressentiment exacerbé dans un pays pourtant fondé sur les principes de liberté individuelle, de tolérance et de justice. L’avertissement vaut pour ce côté-ci de l’Atlantique car là aussi, l’air devient irrespirable.

Ces dernières années, les juifs américains regardaient avec effroi le regain de violences antisémites en Europe, à Paris, à Toulouse, à Bruxelles, à Copenhague et ailleurs. La menace est, malheureusement, du même ordre aux Etats-Unis .

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