Londres toujours hésitant sur un accord autour du Brexit

Le pilotage à vue est de rigueur. Pour preuve, cette semaine, avec le repli spectaculaire des cours du pétrole, la contraction du produit intérieur brut allemand et les multiples rebondissements dans l’affaire du Brexit, l’environnement économique et politique regorge de surprises.

Commençons par nos amis britanniques, qui n’ont jamais su s’ils voulaient faire partie ou non de l’Union européenne. Ils ne le savent visiblement pas plus cette semaine, mais leurs hésitations ont créé de la volatilité sur le marché. Mardi soir, un accord fondé sur un texte de près de 600 pages – rien que l’épaisseur de la documentation montre la complexité du dossier – semblait avoir été trouvé. Ce document, une fois validé par le Parlement, permettrait de contourner le sujet sensible de la frontière entre les deux Irlande. Mais Theresa May, la Première ministre britannique, a dû subir plusieurs démissions au sein même de son gouvernement, jeudi ! Cet accord pourrait finalement ne pas aller plus loin… Les partisans d’un Brexit dur ne veulent pas entendre parler d’une clause destinée à empêcher le rétablissement d’une frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, et ainsi laisser planer le doute d’un statut spécifique pour cette dernière, qui pourrait mettre à mal l’unité du royaume.

L’enjeu est important pour les investisseurs également. Un accord au sujet du Brexit engendrerait probablement une appréciation de la livre sterling par rapport au dollar et à l’euro. En Europe, le secteur financier, les banques surtout, mais également l’assurance, l’énergie et les matières premières en profiteraient. A l’inverse, en cas de Brexit dur, ce sont ces secteurs qui en pâtiraient le plus. L’autre grande surprise de la semaine est venue d’Allemagne. L’économie de la première puissance européenne est à l’arrêt. Pire, elle s’est contractée au troisième trimestre (– 0,2 %) pour la première fois depuis 2015, affaiblie par un coup de frein des exportations dans le contexte de tensions commerciales internationales et surtout par une baisse de la production automobile, due à l’entrée en vigueur de nouvelles normes de mesures des émissions polluantes des véhicules (WLTP). Un ralentissement allemand qui renforce la méfiance des investisseurs à l’égard des valeurs cycliques. Troisième phénomène perturbant, l’évolution des cours du pétrole. Depuis le 3 octobre et un plushaut en clôture à 85,93 $, les prix du Brent ont tout de même reflué de…. 22 %. Il s’agit de l’une des plus fortes chutes depuis 2014. Il a fallu des rumeurs évoquant une possible réduction de la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses alliés pour calmer le jeu. Ce repli devrait rassurer les automobilistes en colère, mais il diminue les ardeurs des investisseurs à l’égard des compagnies pétrolières et parapétrolières.

Enfin, les technologiques continuent d’être malmenées par le repli d’Apple, dont le titre a touché un plus-haut historique le 3 octobre et s’est replié de 18 % depuis ! Le marché n’a pas apprécié que le géant américain annonce qu’il ne communiquera plus le nombre d’iPhone vendus chaque trimestre. Il y a vu la volonté des dirigeants de masquer un ralentissement à venir des volumes. Dans le sillage d’Apple, non seulement tous ses fournisseurs ont été sanctionnés, mais aussi les Gafam et jusqu’aux… SSII françaises.

Cette incertitude se reflète dans les discours des patrons d’entreprise. Pourtant, la qualité des résultats du troisième trimestre est très satisfaisante. L’activité a accéléré cet été par rapport au premier semestre, mais les ambitions pour la suite sont plus mesurées que par le passé ; 73 % des dirigeants sont optimistes. Un taux qui peut paraître élevé, mais, après la publication des comptes du premier semestre, 81 % de patrons se disaient confiants. Cette baisse de 8 points est significative et nous incite à rester prudents. Le seul véritable point rassurant est l’excellente résistance du Cac 40 face aux vents défavorables qui se lèvent. L’indice parvient à préserver le seuil symbolique des 5.000 points.

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